Stonehenge et le Pays des Hyperboréens


Jeudi 03 Juillet 2008
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Stonehenge est certainement la construction préhistorique la plus impressionnante et la plus célèbre de toute l'Europe. Ce vestige unique se trouve dans le sud de l'Angleterre, près de Salisbury, non loin de la route de Londres à Bristol. Telles quelles, ces ruines nous en imposent encore.


Stonehenge et le Pays des Hyperboréens
Stonehenge est certainement la construction préhistorique la plus impressionnante et la plus célèbre de toute l'Europe. Ce vestige unique se trouve dans le sud de l'Angleterre, près de Salisbury, non loin de la route de Londres à Bristol. Telles quelles, ces ruines nous en imposent encore.
L'ensemble des monolithes revêt une forme circulaire. Trente menhirs, hauts de 4 mètres sur 1,25 mètre à 2,50 mètres de large, formaient un cercle de 88 mètres de diamètre. A l'intérieur de ce cercle se trouvait disposé un autre cercle de quarante-neuf menhirs, plus petits, mais mesurant toujours de 1,50 mètre a 1,80 mètre de haut. Les blocs verticaux du cercle extérieur étaient reliés les uns aux autres par de massifs linteaux de pierre. Cinq énormes trilithes, disposés en fer à cheval et constitués par deux menhirs verticaux reliés l'un à l'autre par un linteau, se dressaient à l'intérieur des deux cercles précédents. Plus au centre encore, et toujours en fer à cheval, une nouvelle rangée de blocs plus petits entouraient la pierre d'autel horizontale, point central de tout le dispositif. A l'extérieur du grand cercle, à une distance de 30 mètres, s'élevait un menhir isolé, dit « pierre astronomique », parce que placé en un point où, dit-on, il y a 4 000 ans, un observateur placé près de la pierre d'autel voyait se lever le soleil à l'aube du solstice d'été.
Un fossé circulaire de 114 mètres de diamètre entourait l'ensemble et, à quelque distance de ce fossé, un autre fossé de menhirs délimitait une sorte de piste large de 106 mètres et de 2,7 kilomètres de circonférence.
Ces blocs de pierre impressionnants ont évidemment provoqué de bonne heure l'étonnement admiratif des hommes. Les auteurs anglais du Moyen Age évoquent Stonehenge à plusieurs reprises en se faisant l'écho des nombreux récits fantastiques auxquels ces menhirs ont, de tout temps, donné lieu. Geraldus Cambrensis écrit au XIIe siècle : « Autrefois se trouvait en Irlande un formidable amas de pierres, appelé la danse des Géants, parce que des géants auraient amené ces blocs de pierre depuis les régions d'Afrique les plus éloignées, puis entassé dans la plaine de Killarney non loin de Castel Naas, et l'on admirait à la fois le poids énorme de ces blocs et leur harmonieuse disposition. Selon une tradition anglaise, le roi Aurelius Ambrosius aurait fait transporter d'Irlande ces pierres en Grande-Bretagne avec l'aide de l'enchanteur Merlin. »
Geoffroy de Monmouth, toujours au XIe siècle, reproduit une tradition analogue. En 1575, Camden estime que Stonehenge est un monument funéraire. En 1620, Inigo Jones y voit un temple romain et John Aubrey, en 1665, un sanctuaire druidique. Stukeley fut le premier à affirmer, en 1724, que l'entrée de Stonehenge est orientée d'après le soleil et son imagination débordante y vit l'œuvre de prêtres égyptiens fugitifs. Bien d'autres explications en ont été données par la suite et Barclay, en 1895, réunit toute la littérature écrite jusqu'à cette date sur ce sujet.
Que ces assemblages de pierres aient un caractère religieux n'a jamais été discuté. Et, sans doute, l'importance de ce sanctuaire de Stonehenge fut-elle même exceptionnelle, car, si la plupart des pierres sont des blocs de grès extraits de carrières voisines, d'autres blocs ne peuvent provenir que des monts Prescellys situés à 300 kilomètres de là. Ce sont les diabases, ou pierres bleues, dont le poids est si considérable que leur transport sur une aussi grande distance pose une énigme technique. Gowland écrit à ce sujet : « Beaucoup de ces blocs de pierre sont étrangers au pays, mais cela n'a rien de surprenant, parce qu'ils ont pu être apportés par des glaciers. » On estime aujourd'hui que ces pierres ont dû être amenées par eau ou, plus simplement encore, qu'elles proviennent tout de même de quelque carrière voisine disparue depuis.
L'ancienneté de ce sanctuaire remonte, selon les uns, à 1 000, selon les autres, à 1 500 et jusqu'à 4 000 ans. C'est cette dernière hypothèse qui semble la plus probable. Montelius a établi que ces blocs géants n'ont pu être travaillés qu'à l'aide d'outils de pierre, dont on a retrouvé des exemplaires dans les innombrables tombeaux découverts aux environs de Stonehenge et qui sont certainement contemporains du sanctuaire.
Les intempéries n'ont pas épargné Stonehenge. L'une des plus grandes pierres se serait écroulée peu avant 1574 et une autre en 1620. Le quatrième trilithe s'effondra le 3 janvier 1797 et un autre le 31 décembre 1900. Le bloc connu sous le nom de « long stone » tomba le 2 novembre 1911. Mais, en dépit de ces dégradations successives, on peut se faire une idée très précise de ce que fut le monument entier.
Les spécialistes ne s'accordent guère sur sa raison d'être exacte. A l'origine, on y a vu surtout un haut lieu consacré au culte du soleil. Les travaux scientifiques modernes, ceux de Fergusson en 1872, de Pétrie en 1880, concluent pareillement. Mais Lockyer, en 1906, combattit cette hypothèse avec passion, affirmant que Stonehenge fut simplement un observatoire préhistorique. Ce qui était peut-être excessif, mais Spengler, en 1937, tomba dans l'excès inverse en soulignant qu' « aucun être raisonnable » ne saurait parler d'observatoire à propos de Stonehenge. En fait, cette construction doit bien avoir eu quelque rapport avec le culte antique du soleil. Aujourd'hui encore, le 21 juin, jour du solstice d'été, une fête populaire, dont l'origine remonte dans la nuit des temps, se déroule à Stonehenge. Lockyer le signale expressément : « Suivant une antique coutume, la population de Salisbury et des localités environnantes se réunit à cet endroit le jour du solstice d'été pour y assister au lever du soleil. » Kierkebusch estime de son côté : « La coutume qui veut que la population du pays aille en pèlerinage à Stonehenge le jour du solstice et y célèbre une fête » apporte « un argument décisif à l'appui de l'hypothèse d'un temple religieux. »
Or, chez les peuples anciens, observations astronomiques et cérémonies religieuses souvent ne faisaient qu'un. Seuls, les prêtres observaient les astres et ces observations étaient en soi des actes religieux. Schuchhardt préfère le mot de « sanctuaire » à celui de « temple » et, sans doute, a-t-il raison au sens strict. D'ailleurs, « observatoire » n'est pas exhaustif non plus. Mais ces nuances ne sont de mise que dans les ouvrages scientifiques. Schuchhardt ne nie pas que Stonehenge ait servi à la fois au culte et à l'observation de l'astre solaire. Mais il pense que, le jour du solstice, ce n'était pas le lever, mais le coucher du soleil que l'on y contemplait, contrairement aux coutumes de presque tous les peuples connus. Car il estime que Stonehenge fut surtout un lieu consacré au culte des morts, d'où le symbole représenté par le couchant. Schuchhardt tire argument de l'existence de 483 tombeaux, datant du début de l'âge du bronze et dénombrés à moins de deux milles à la ronde autour de Stonehenge qui serait ainsi un temple « dédié aux ancêtres ». L'existence de la piste circulaire évoquée plus haut paraîtrait confirmer cette thèse, s'il est vrai, comme le croit Schuch¬hardt, que cette piste servait à des courses de chars. L'Iliade ne nous apprend-elle pas qu'Achille organisa des courses pour célébrer la mémoire de Patrocle? Qu'il en ait été de même à Stonehenge n'aurait rien d'extraordinaire.
En vérité, l'hypothèse de Schuchhardt — un sanctuaire dédié aux ancêtres — et celle admise généralement d'un sanctuaire dédié au dieu solaire Borvon, où, chaque solstice, le peuple se réunissait pour y observer, sous la direction du prêtre et avec l'aide de la « pierre astronomique », le lever du soleil, ces deux hypothèses ne s'excluent nullement. Stonehenge a pu être un sanctuaire servant au culte du soleil et à la commémoration des morts.

Schuchhardt a d'ailleurs fait une constatation extrêmement curieuse : des ressemblances assez précises existent entre l'architecture de Stonehenge, type même du tombeau circulaire, et celle du célèbre bâtiment également circulaire de Mycènes, plus récent de trois à quatre cents ans.
D'autre part, si l'on admet que Stonehenge fut, à l'instar de beaucoup d'autres constructions préhistoriques, un sanctuaire celte dédié au soleil, on est amené à faire des rapprochements historiques du plus haut intérêt.
C'est ainsi que nous lisons dans Diodore citant un texte d'Hécatée d'Abdère : « En face du pays des Celtes existe, à peu de distance vers le nord, une île au moins aussi grande que la Sicile. Ses habitants s'appellent les Hyperboréens parce qu'ils échappent aux atteintes du vent du nord... Il y a sur cette île un bois sacré de toute beauté, dédié au soleil, ainsi qu'un temple étrange de forme circulaire... Tous les dix-neuf ans, quand le soleil et la lune retrouvent leur position l'un par rapport à l'autre, Apollon fait son entrée dans l'île... Les rois de cette île, qui ont aussi la garde du bois sacré, descendent de Borée et s'appellent pour cette raison des Boréades.
Diodore fait là une allusion très claire à la Grande-Bretagne. Nilson le souligna déjà en 1866. Quant au temple de forme circulaire, il y a d'autant plus de chances qu'il s'agisse de Stonehenge que ce sanctuaire dédié à Borvon, dieu solaire des Celtes, paraît bien avoir été le haut lieu de tout le peuple celte. Car il est plus que probable que, les jours de grande fête, les Celtes de Gaule passaient la Manche pour se rendre en pèlerinage à Stonehenge.
Quant à ce nom d' « Hyperboréens », en voici sans doute l'origine : quand les commerçants de Massilia, ou Marseille, remontaient le Rhône pour se rendre, via la Manche, soit en Cornouailles, soit dans les îles Cassitérides, patrie du précieux étain, ils remarquaient que le mistral, ce vent du nord qui les affectait cruellement, diminuait à mesure qu'ils approchaient de la Manche. Bien mieux : il n'y avait plus de vent du tout sur la côte méridionale de l'Angleterre, où le climat est particulièrement doux, surtout aux abords de l'île de Wight et de la ville de Bournemouth. La côte sud-occidentale de l'Angleterre, située sur le cinquante et unième parallèle, connaît en effet des hivers beaucoup plus agréables que la ville de Marseille située sur le quarante-troisième et la végétation y est presque subtropicale. On mentionna donc l'existence de ce peuple favorisé qui, « au-delà du vent du nord » — d'où le nom « d'Hyperboréens » — connaissait un climat exceptionnel. Il ne faut pas chercher ailleurs l'origine de la légende des Hyperboréens qui a donné lieu à mainte divagation.
Diodore signale d'autre part la visite d'Apollon aux Hyperboréens tous les dix-neuf ans. Reuter a raison de rapprocher cette indication du cycle lunaire qui dure effectivement dix-neuf ans, et il ajoute : « On peut admettre que l'indication donnée par Diodore sur la grande année lunaire des Hyperboréens... se rapporte à une observation astronomique notée par Pythéas dans son ouvrage sur l’Okeanos . » Mais ce n'est pas tout :
II existe un autre texte relatif au temple élevé par les Hyperboréens au dieu du soleil et qui consiste en une belle et poétique description d'une cérémonie religieuse, due à Elien le Sophiste. Il y est question de cygnes chantants (Cygnus musicus) et de leurs rapports avec le sanctuaire de Stonehenge. Car le cygne chantant est une exclusivité de la faune des îles Britanniques et des pays d'Europe riverains de l'Atlantique-Nord. Dans le sud de l'Europe, et spécialement en Grèce, n'existe que le cygne ordinaire, bien muet celui-là (Cygnus olor). Par conséquent, ce récit concerne bel et bien l'Angleterre :
« Les cygnes tournoient autour du temple et le nettoient en quelque sorte de leurs ailes. Puis ils se posent dans la cour du temple qui est très grande et très belle. Quand les pèlerins entonnent leurs hymnes habituels et que les joueurs de cithares font retentir leurs accords, de véritables nuages de cygnes accourent et ces oiseaux, se posant autour du sanctuaire, accompagnent de leurs chants les hymnes sacrés. Ces oiseaux, qui ressemblent à autant d'enfants de chœur ailés, célèbrent ainsi par leurs chants la divinité pendant toute la journée. »
Tout n'est certes pas à prendre à la lettre dans ce récit poétique, mais il reste qu'un temple mystérieux dédié au dieu du soleil Borvon s'élevait dans un pays où existaient des cygnes nordiques. D'autre part, les Grecs hellénisaient volontiers les noms étrangers ou tout au moins les assimilaient à leurs vocables familiers : Bor-von leur rappela Boreo et ils en conclurent, un peu rapidement il est vrai, que les rois de Grande-Bretagne descendaient de Borée parce qu'ils demeuraient « au-delà du vent du nord ».

Dès 1790, Wernsdorf présuma que les récits relatifs aux Hyperboréens, à leur culte du soleil et à leurs cygnes chantants ne faisaient que reprendre d'anciennes traditions historiques du cycle celtique, bien antérieures en fait au récit d'Hécatée. Le poète Alcée, qui vécut autour de 600 avant Jésus-Christ, c'est-à-dire peu après la fondation de Marseille, nous a laissé le fragment d'un poème où Ton voit Apollon quitter les Hyperboréens et regagner son sanctuaire de Delphes sur son char attelé de cygnes : « Quand Apollon fut né, Zeus lui remit la lyre et l'envoya à Delphes dans un char attelé de cygnes. Les Delphiens entonnèrent le péan et les chœurs des vierges rassemblées autour du trépied supplièrent le dieu de revenir enfin de chez les Hyperboréens. »
L'origine nordique de la légende apparaît dans d'autres détails encore. Ne disait-on pas des Hyperboréens qu'après avoir vécu longtemps dans le bonheur, ils mettaient eux-mêmes fin à leur existence en se précipitant dans la mer du haut de quelque rocher. Cette coutume exista réellement, si l'on en croit de vieilles traditions germaniques.
Le fait qu'originellement, le mythe des Hyperboréens naquit des relations commerciales de l'Antiquité avec les pays nordiques fut déjà pressenti par Welcker voici un siècle. Celui-ci affirma que tous les récits mentionnant les peuples « au-delà du vent du nord » lui paraissaient liés à l'importation de l'ambre. Il ne se trompa pas, sauf sur l'objet de ce commerce : ce n'était pas l'ambre, mais l'étain qu'on recherchait chez les Hyperboréens. Le savant suédois Nilson reconnut en 1866 que l'île citée par Hécatée ne pouvait être que l'actuelle Angleterre. Crusius affirme que la légende des Hyperboréens fut rapportée par les marins argiens et corinthiens au retour de leurs voyages commerciaux dans l’« l'extrême ouest » Bien que les îles Britanniques aient joué un rôle important dans le commerce méditerranéen dès 2 000 avant Jésus-Christ, Crusius fait erreur, car les récits sur les Hyperboréens sont tous postérieurs aux voyages entrepris par les commerçants de Massilia pour gagner l'Angleterre via la Gaule.
Une remarque s'impose ici : on a souvent cherché à découvrir dans Hésiode et Homère ce qu'on savait de leur temps au sujet des îles Britanniques. Or, il paraît bien que les descriptions faites par Homère du pays des Cimmériens et des sources de l'Océan reposent précisément sur ce qu'on savait à l'époque, quoique confusément, des îles Britanniques. Homère connaissait l'étain qui est cité six fois dans l'Iliade et toujours comme un métal très précieux. L'étain antique apparut en Méditerranée dès 2 000 avant Jésus-Christ. Il servait à fabriquer le bronze dont la demande était alors très forte, et provenait essentiellement des pays d'Europe occidentale, de Bretagne (où les gisements furent épuisés de bonne heure), d'Irlande et des îles Britanniques, principalement de Cornouailles, où l’étain était encore au Moyen Age une source de richesse.
On crut autrefois que l'étain utilisé dans l'Antiquité par les pays méditerranéens venait du Proche-Orient, mais c'est inexact. Quiring souligne qu'il n'existait aucune mine d'étain en Asie Mineure et dans le Caucase, et les gisements de Perse étaient ignorés encore au temps d'Hérodote. Certes, des paillettes d'or et d'étain furent découvertes de très bonne heure dans les cours d'eau d'Espagne et l'exploitation en fut entreprise sans doute dès le début du troisième millénaire avant Jésus-Christ, peut-être même avant dans le sud de l'Espagne. Mais cette production espagnole fut toujours insuffisante. Les artisans de la fabrication du bronze se mirent à la recherche de sources plus abondantes et, pour cela, passèrent la mer. Dès 2 000 avant Jésus-Christ, ils connurent donc les riches gisements de Bretagne ainsi que ceux des îles Britanniques qui, par la suite, devinrent leurs fournisseurs les plus importants. L'Espagne fut, pour toute l'Antiquité méditerranéenne, le pays du bronze par excellence. Le métal ouvré dans la péninsule Ibérique trouvait amateurs non seulement en Egypte dès avant l'époque dynastique, mais aussi dans tout le Proche-Orient. Le bronze espagnol contribua beaucoup à animer les échanges méditerranéens et longtemps ce furent les Crétois qui assurèrent les transports. Des archéologues anglais ont, d'autre part, découvert que les gisements d'étain de Cornouailles furent décelés et exploités au début du deuxième millénaire avant notre ère.
On peut donc admettre sans risque d'erreur que l'étain des pays d'Europe occidentale parvint en Méditerranée via l'Espagne aux environs de 2000 avant Jésus-Christ. Les allusions d'Homère au pays de l'étain s'éclairent du même coup. D'autre part, les inscriptions commerciales de l'Egypte primitive citent l'étain comme un produit venant exclusivement de l'Ouest et qui fut parfois même entreposé dans les ports égyptiens pour être expédié plus loin en Orient, vers l'Arabie et les rivages indiens. Pline signale, en effet, que l'Inde ne possède pas d'étain et qu'elle s'en procure en l'échangeant contre des perles et des pierres précieuses !
Schuchhardt a pu établir que la première apparition du bronze, d'un bronze il est vrai encore imparfait, date de 2500 avant Jésus-Christ : ce bronze est celui de la statue du pharaon égyptien Pepi. Par conséquent, même en ces temps reculés, des relations commerciales unissaient l'Egypte et l'Europe occidentale via l'Espagne et, dans tous les cas, les îles Britanniques furent bien le grand fournisseur d'étain des pays méditerranéens de l'Antiquité.

Aujourd'hui, de nombreux savants, de toutes disciplines, admettent sans discussion que le mythe des Hyperboréens et les textes relatifs à Stonehenge se rattachent étroitement à ces échanges commerciaux. Le géographe Sieglin, le préhistorien Schuchhardt et le philologue Philipp s'accordent sur ce point. Moi-même, dans un travail précédent paru en 1928, ai montré l'erreur de César affirmant que les habitants des rivages gaulois ne savaient rien des îles Britanniques. Les Gaulois se refusèrent tout simplement à livrer à un étranger des informations sur leurs relations commerciales. Car le trafic sur la Manche entre Celtes insulaires et continentaux dut être très actif, beaucoup d'indices nous le confirment.
La thèse de Schuchhardt identifiant le pays des Hyperboréens avec le sud de l'Angleterre paraît donc aujourd’hui vérifiée. Et Nilson a raison aussi en soulignant combien le « temple magnifique » évoqué par Hécatée ressemble au sanctuaire de Stonehenge, car, dit-il, « il est impossible d'inventer avec autant d'exactitude ».
Montelius a insisté sur la profonde impression faite par les ruines de Stonehenge sur les touristes. Les liens qui unissent ce sanctuaire aux légendes et aux mythes sacrés de la Grèce antique ne font qu'augmenter l'attrait de ces pierres vénérables.
Affirmer que l'Hellade classique a eu ne serait-ce qu'une vague notion de l'existence de l'Angleterre aurait été qualifié autrefois de saugrenu. On crut longtemps, en se trompant d'ailleurs, que les Phéniciens avaient entretenu des lignes régulières sur les mers du nord et de l'ouest de l'Europe et que, par conséquent, ils avaient aussi abordé en Grande-Bretagne. Mais on pensait que les Grecs de l'époque d'Homère ignoraient tout des pays de l'Europe occidentale. On est, par la suite, revenu sur toutes ces erreurs. Après que Voss, dès 1804, eut affirmé que certains paysages de l'Odyssée ont certainement eu leur modèle en Grande-Bretagne, on découvrit que Pythéas, au ive siècle avant Jésus-Christ, ne fut nullement l’ « inventeur » de l'Angleterre et César son brillant second.
En fait, plus de 1 000 ans avant Homère, les îles Britanniques jouaient déjà un rôle en Méditerranée orientale et ces relations, consistant en la fourniture d'importantes matières premières, se poursuivirent sans interruption durant l'Antiquité historique, bien que la littérature ne nous en donne que de rares témoignages. De tous les monuments préhistoriques où l'on discerne le jeu de ces influences réciproques, Stonehenge est de loin le plus important et le plus intéressant. Ce fut un sanctuaire consacré au soleil et au culte des morts et il servit à des cérémonies religieuses comme à des observations astronomiques.
En 1900 d'abord, puis en 1921, on chercha à remédier à la dégradation progressive de cette construction plus que vénérable. Des blocs écroulés furent redressés et d'autres, qui branlaient, consolidés. Ceux qui restent aujourd'hui debout bénéficient de la même protection que les monuments historiques.


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