Il y a régulièrement des initiatives de ce genre, commente Pierre Lagrange, anthropologue qui a beaucoup travaillé sur la question des ovnis (1). Le problème, c'est que ce type de réunions fait beaucoup de bruit sur le moment mais sur le long terme, il n'en ressort rien de constructif." "La plupart des gens qui déclarent avoir vu des ovnis - 7% des Français et 14% des Américains - n'ont pas l'habitude de regarder le ciel, ni de décrire précisément ce qu'ils ont vu", souligne le chercheur interrogé par LCI.fr. Ce qui rend leurs observations impropres à l'analyse.
Résultat : "Depuis 60 ans [d'observations d'ovnis, NDLR], on ne fait rien et on s'engueule", regrette Pierre Lagrange. Or, selon lui, il existe "des méthodes scientifiques simples" qui permettraient de "changer la nature du débat" et d'appréhender ces phénomènes de manière sérieuse. "Il faudrait, propose l'anthropologue, mettre en place des réseaux d'observateurs compétents du ciel : astronomes, ornithologues, contrôleurs aériens, pilotes d'avion... Ce sont des personnes qui ont compétence pour rapporter ce qu'ils voient. Mais il faut également leur permettre de témoigner de manière anonyme car ils peuvent avoir peur de passer pour des imbéciles."
Circulaire et réflexion
Au Centre national des études spatiales (Cnes), la proposition n'est pas restée en l'air. "Une circulaire surtout destinée aux astronomes amateurs a été mise en ligne sur notre site depuis un ou deux mois", indique Jacques Patenet, responsable du Groupe d'étude et d'information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan) au Cnes. L'agence spatiale française a par ailleurs engagé des discussions avec l'Armée de l'air pour créer "un site internet ou un blog" qui permettrait aux pilotes de laisser des témoignages anonymes. "Le projet en est encore au stade de la réflexion", pointe Jacques Patenet.
Le Cnes poursuit donc son œuvre de transparence. Le 22 mars dernier, l'agence a mis en ligne ses archives sur les observations de phénomènes célestes mystérieux. Plus d'un million de connexions, issues d'une centaine de pays, ont été enregistrées à ce jour, relève le patron du Geipan : "Beaucoup de gens laissent des messages ou posent des questions ; certains apportent des précisions" à des affaires. Un motif de satisfaction, même s'il reste un "gros travail à accomplir : l'amélioration des protocoles d'enquêtes". La France s'est décidée à aborder la question des ovnis d'un point de vue scientifique. Reste à savoir si les résultats suivront.
14 témoins en appellent à l'US Air Force
Fife Symington n'a pas le profil d'un illuminé ; il a même été gouverneur de l'Etat d'Arizona. En 1997, au cours de son deuxième mandat, il affirme avoir "vu quelque chose qui défiait la logique et qui a remis en question [sa] vision de la réalité". Ce "quelque chose", c'était un "engin massif de forme triangulaire" et doté "d'énormes lumières".
Plus "centaines", voire des "milliers", de ses concitoyens l'ont également vu, assure-t-il dans une interview accordée à CNN la semaine dernière. Il a alors organisé une conférence de presse et demandé des explications à l'Armée de l'air américaine. Explications qui, à ce jour, ne l'ont toujours pas convaincu. Il a depuis rejoint un groupe de 14 personnalités venues du monde entier et qui ont toutes été témoins de phénomènes aérospatiaux non expliqués. Ces anciens officiels et pilotes, militaires et civils (dont le Français Jean-Charles Duboc, ancien pilote à Air France qui relate avoir croisé un phénomène inhabituel lors du vol Nice-Londres du 28 janvier 1994), réclament aujourd'hui que l'US Air Force rouvre ses dossiers sur les ovnis.
(1) Pierre Lagrange est sociologue des sciences et enseigne à l'Ecole des Mines. Il est l'auteur de nombreux ouvrages très sérieux et très documentés sur les "parasciences". Dans Ovnis, ce qu'ils ne veulent pas que vous sachiez, publié aux Presses du Châtelet, il évoque les défenseurs et opposants de la théorie du complot sur l'existence d'extra-terrestres, à partir des archives militaires américaines et françaises.
Source/ LCI