Les templiers(2): déclin et chute de l'ordre du temple


Vendredi 18 Juillet 2008
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Le comportement de Ridefort et la chute de Jérusalem fanèrent le prestige des Templiers. On devait reprocher à l'Ordre de s'être montré - comme celui des Hospitaliers - fort peu généreux pour aider à payer la rançon des pauvres.


L'ORDRE A-T-IL CHANGE ?

Les templiers(2): déclin et chute de l'ordre du temple
Le comportement de Ridefort et la chute de Jérusalem fanèrent le prestige des Templiers. On devait reprocher à l'Ordre de s'être montré - comme celui des Hospitaliers - fort peu généreux pour aider à payer la rançon des pauvres. Et le cas du Grand Maître devait susciter des commentaires et une tradition orale. Bien qu'ayant trouvé la mort, un an plus tard, comme combattant dans un assaut sur Acre, on se demandera quelle concession lui a permis de n'être pas exécuté ainsi que tous les autres Templiers faits prisonniers sur la butte de Hattin. Evidemment il y a une explication simple : l'acceptation par Ridefort et Lusignan, d'inciter tous les croisés des place-Fortes à se rendre immédiatement, soit pour sauver leur vie, soit avec l'arrière-pensée de profiter de cet armistice pour regrouper les forces. Mais, au début du procès des Templiers, c'est-à-dire plus d'un siècle après la catastrophe, le frère Geoffroy de Gonneville, précepteur d'Aquitaine et de Poitou, Templier de puis vingt-huit ans, pour expliquer le crachat sur la Groix, lors de la réception, dira que « l'usage a été introduit par la promesse que fit un mauvais Maître de l'Ordre qui, prisonnier du Sultan, obtint sa libération qu'après avoir juré qu'il l'imposerait à nos frères. Oui, tous ceux qui seraient désormais reçus chez nous auraient à renier Jésus-Christ ». Cependant le même accusé dit, un peu plus loin, que tous n'adoptent pas cette thèse. Selon lui, « il y en a qui prétendent que ce fut l'une des mauvaises et perverses introductions du Maître Roncelin dans les statuts de l'Ordre; d'autres, Que cela provient des mauvais statuts et doctrines du Maître Thomas Bérard d'autres encore, qu'on le fait à l'instar ou en mémoire de saint Pierre qui, par trois fois, renia le Christ ».
Si personne n'a vu qui était le Roncelin auquel Gonneville faisait allusion, en revanche aucune question ne se pose pour Thomas Bérard qui, effectivement, fut Maître du Temple, dans la deuxième moitié du XIIIe siècle...
D'ores et déjà, la perte de Jérusalem et la sombre légende sur Gérard de Ridefort invitent à se demander si les Templiers, vers la fin de leur premier siècle d'existence, commençaient de subir, en marge de leur politique et de leurs actions officielles, une influence musulmane et, plus largement, d'avoir un courant de pensée ésotérique.

L'ENIGME DU CRACHAT

Les templiers(2): déclin et chute de l'ordre du temple
Si rien n'indique une liaison étroite entre les Templiers et les sectes islamiques, il est néanmoins certain que les chevaliers implantés ne devaient pas demeurer ignorants des rites et de la pensée religieuse locale; qu'ils pouvaient même en subir l'influence. Car, contrairement à ce que l'on croit ou écrit souvent, la fin du XIIe siècle (comme le XIIIe} bien loin d'être animée par une croyance catholique sans heurt, sans cas de consciences, connaissait - notamment avec les philosophes arabes ou juifs - sinon une remise en cause, du moins des perspectives différentes. Bien typique ce manuscrit anonyme de la fin du XIIe siècle, estimé comme provenant d'Espagne, dans lequel l'auteur, visiblement chrétien, cite au nombre des législateurs justes, très sages et illuminés de Dieu, Moïse, Mahomet et le Christ, ce dernier plus fort et plus éloquent que les deux autres.
Indéniablement, les courants de pensée - néo-platonicien, aristotélicien, mazdéen, coranique, gnostique et manichéen - ne manquaient pas de vigueur. Dans tous, le premier souci était celui de l'essence, c'est-à-dire la métaphysique, et la note dominante des conclusions un déisme pur, c'est-à-dire par-delà les incarnations.
Peut-on dire pour autant que les Templiers, marqués par le temps et les lieux, aient adopté secrètement le simple déisme, voire le manichéisme, comme beaucoup l'ont écrit - notamment au XIXe siècle ? Aucun document ne permet de l'affirmer. Mais, dira-t-on, s'il s'agissait d'un ésotérisme, rien de surprenant : la transmission devant être d'abord orale. Certes. Cependant, les réponses au procès - notamment celles du Maître Jacques de Molay - n'incitent guère à supposer une dissimulation. Parmi les faits évoqués, deux seulement ont suscité beaucoup de commentaires et d'hypothèses : le crachat à la réception et l'histoire du « Baphomet ».
Que l'obligation de renier trois fois Dieu en crachant sur la Croix soit due à la concession intéressée d'un Maître prisonnier des Arabes, on a peine à le croire. Ou plutôt, on imagine mal pourquoi un pareil geste aurait été maintenu jusqu'à l'arrestation des Templiers, surtout s'il était attribuable à quelqu'un de critiquable et de critiqué.
En revanche, il est permis de se demander s'il ne s'agit pas d'initiation. Car l'initiation est généralement décrite comme une « seconde naissance » qui implique, au préalable, une mort au monde profane : un passage par les ténèbres, une «descente aux Enfers», avant l'accès à « la vraie lumière ». Et, par la descente aux Enfers, doivent être épuisées toutes les possibilités se rapportant à l'état profane. C'est ce qui se trouve transposé dans la Divine Comédie de Dante comme dans le Voyage nocturne de Mohammed. Mais comment distinguer si ce triple reniement est conçu, en souvenir de celui de saint Pierre, comme un moyen d'exorciser, d'éliminer les mauvaises possibilités, ou bien comme une épreuve - un test, dirait-on aujourd'hui -, permettant de classer celui qui est reçu ? Ou encore, ne peut-on pas considérer ce rite comme apparenté à « l'adoubement », c'est-à-dire à la gifle administrée à celui que l'on « fait » chevalier, le seul coup qu'il doive recevoir sans le rendre. Si l'on portait atteinte à l'honneur pour l'établir inflexible, ne pouvait-on pas porter atteinte à la croyance pour l'établir plus solide ?
Encore une fois, les accusés du Temple ne paraissent plus posséder, au XIVe siècle, la clé de cette coutume, leurs réponses contradictoires font même douter de l'authenticité du rite... et qui plus est on sait désormais que par L'acte de Chinon du 20 Aout 1308,le Pape Clément a absout les Templiers , les réintégrant dans la communauté catholique ce qui exclut apostasie et hérésie profonde, tout en ne les déchargeant pas de leurs responsabilités, des comportements condamnables s'étant bel et bien introduits parmi les Templiers…

LE MYSTERE DU « BAPHOMET »

Les templiers(2): déclin et chute de l'ordre du temple
Quant à un ésotérisme de l'Ordre, c'est la statue nommée «Baphomet» qui a fait couler le plus d'encre. Dès l'arrestation des Templiers, l'inquisiteur Guillaume de Paris donna l'ordre à ses agents d'interroger les prisonniers sur « une idole qui est en forme d'une teste d'homme à une grande barbe ». Et, dans les interrogatoires, on l'appellera « Baphomet ».
Là-dessus, les dépositions des accusés seront loin d'être concordantes. Pour les uns, ce sera une figure de bois, pour les autres, d'argent ou de cuivre; certains la verront féminine, et certains, masculine, glabre ou barbue, démoniaque; pour quelques-uns avec l'aspect d'un chat, pour quelques autres avec celui d'un porc ; avec un seul visage ou bien avec deux ou trois... Ceux qui en parleront s'accorderont seulement pour dire la tête effrayante.
Sans doute, on peut admettre que l'Ordre ait possédé plusieurs têtes, très différentes. Mais on peut s'étonner aussi que l'arrestation de tous les Templiers, la même nuit, n'ait pas permis d'en saisir une seule correspondant aux déclarations faites. Lorsque la commission convoqua Guillaume Pidoye, administrateur-gardien des biens du Temple, afin qu'il produisît toutes les figures de métal ou de bois saisies, le détenteur des reliques n'en trouva qu'une à montrer. Il s'agissait d'un grand chef d'argent doré, fort beau, ayant figure de femme. A l'intérieur reposaient deux os de la tête enveloppés de drap de lin blanc et de drap rouge portant cousue une cédule où l'on lisait « caput LVIIIm ». On s'accorda pour y voir les os d'une femme assez petite, et certains déclarèrent qu'ils provenaient d'une des Onze mille Vierges ! Mais quand on présenta ces ossements au frère Guillaume d'Arblay qui, dans sa déposition, avait parlé de la vénération d'un «chef barbu», il s'empressa de déclarer que ce n'était pas cela et ajouta que son barbu, il n'était « pas certain de l'avoir vu au Temple de Paris ».
Bref, on peut penser que, par la torture, on avait incité certains accusés à parler de reliques comme d'idoles diaboliques.
Reste le nom, «Baphomet», dont la signification a suscité bien des thèses.
En voici quelques-unes :
Au début du XIXe siècle, le célèbre arabisant Sylvestre de Sacy soutint qu'il s'agissait d'une altération du nom de Mahomet, ayant trouvé le mot Bahomerid pour signifier mosquée dans un glossaire du XVIIIe siècle. A quoi on opposa que cela était invraisemblable, les musulmans écartant l'idolâtrie.
Puis l'orientaliste allemand, Hammer-Purgstall soutint d'abord que le mot Baphomet venait du mot arabe « Bahoumid », qui signifie veau, et qu'il s'agissait donc du culte du veau d'or. Mais les arabisants n'ont pas trouvé le mot « Bahoumid » dans leurs dictionnaires. Du reste, Hammer-Purgstall changea vite de thèse et affirma que le mot avait une origine gnostique, en groupant deux mots grecs :
Baphé, baptême, et Météos, initiation, et que cela évoquait une réception par le feu!
Puis d'autres chercheurs du XIXe siècle prétendirent démontrer que la figure hermaphrodite, couvrant certains coffrets qui venaient d'être découverts, représentait Baphomet ! Déjà très faible au départ, cette thèse a été complètement démolie par ceux, comme M. Probst-Biraben, qui ont su prouver qu'il s'agissait seulement de coffrets médicaux arabes. Puis, Victor-Emile Michelet assura qu'il s'agissait d'une formule abrégée, TEMpli Omnium Dominum Pacis ABbas, qu'il fallait lire cabalistiquement de droite à gauche, en retenant seulement certaines lettres.
Dans la même optique, M. John Charpentier partant du principe - non fondé - que saint Jean-Baptiste était le patron des Templiers, suggéra, pour obtenir Baphomet, de réunir Baptiste-Mahomet en biffant - après la troisième lettre - un nombre égal au chiffre sacré sept.
Il est curieux que, dans toutes les thèses soutenues, personne n'ait songé à rapprocher le nom de Baphomet de Bapho, le port de Chypre, où les Templiers vont siéger ! D'autant que, dans l'antiquité, Bapho (ou Baffo) avait un temple fameux consacré à Astarté, qui était à la fois Vénus et la Lune, vierge et mère, et on l'adorait sous la forme d'une pierre noire, avec des sacrifices d'enfants, comme le Baal. Or, comme nous l'avons vu, les Templiers consacraient la moitié de leurs prières à la sainte Vierge, et l'accusation ira jusqu'à prétendre qu'ils se nourrissaient parfois d'enfants... Bref, il n'est pas impossible que l'Ordre ayant ramené de Chypre quelque tête ou ossements - pouvant être aussi bien chrétiens que païens - les juges aient voulu rattacher cela au culte d'Astarté.
Au demeurant, cela indique une exploitation possible du mot, et pas son véritable sens. Car en fin de compte, il apparaît aujourd'hui que Sylvestre de Sacy était sur la bonne voie. Ce ne fut pas l'acte d'accusation ni les juges qui parlèrent les premiers de Baphomet, mais un pauvre sergent de MontPezat qui s'accusa d'avoir adoré une image baffométique. Ce faisant, il parlait la langue de sa région, la langue d'oc. Or, dans un poème, le Templier Olivier écrit, avec un contexte qui ne laisse aucun doute sur le sens : « E Bafomet obra de son poder. » C'est-à-dire : « Et Mahomet fait briller sa puissance. » Bref, ce qui devait susciter, postérieurement, tant d'interprétations extravagantes, n'était à l'Origine qu'une déclaration de complaisance, dénuée de fondement, assurant une liaison religieuse entre les musulmans et les Templiers...
Après la perte de Jérusalem cependant, plusieurs expéditions avaient été entreprises par les princes d Europe, obéissant aux injonctions des papes, notamment Innocent III. Mais « l'idéal des croisades s'effaçait ou plutôt n'était plus utilisé que pour couvrir l'esprit de conquête : puissance politique pour les uns, débouchés commerciaux pour les autres ». En face de cela, l'abnégation des Templiers ne se relâchait pas, au contraire : « les jeux trop intéressés, menés autour deux, ravivaient leur idéal..
Après la chute de Saint-Jean-D'acre, en 1275, ils se replièrent à Chypre et à Paris. Mais, « on ne pouvait pas reprocher à l'Ordre de s'être amolli, avili et corrompu. Contre tout espoir, ses chevaliers avaient résisté jusqu'à la dernière minute. » Simplement : leur mission n'était plus adaptée aux circonstances, elle avait été remise en cause par le déroulement de l'Histoire.
Hors de la Palestine, toutefois, l'évolution «financière» de l'Ordre allait précipiter sa perte...

LE NOIR ET LE ROUGE

Les templiers(2): déclin et chute de l'ordre du temple
Au moment où il était promu, le roi de France, Philippe le Bel, entrait en conflit avec le pape Boniface VIII. Il s'agissait des rapports du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Philippe le Bel ayant levé un subside, à propos de la guerre contre le roi d'Angleterre, et obligé les clercs à y participer, le pape, en 1296, interdit formellement, par la décrétale Clericis laïcos, à toute puissance de recourir à une telle fiscalité et au clergé de la payer, sans l'autorisation du Saint-Siège.
Philippe le Bel répondit aussitôt en interdisant formellement le transfert hors de France des monnaies. Gêné par les difficultés que pareille autarcie financière susciterait, Boniface VIII annula sa décrétale, quelques mois plus tard.
Certes, il y a la volonté de puissance du roi. Mais il y a aussi l'élargissement, l'évolution du royaume qui, se doublant de guerres, compliquent et compromettant la trésorerie de l'Etat. Comme l'écrit M. R. Fawtier : « Plus le royaume s'agrandit, plus le roi devient puissant... et plus la noblesse se détache de la terre pour n'en plus connaître que les rentes quelle en tire, plus le rôle des agents royaux s'accroît, plus ils se multiplient plus ils se spécialisent. » Non seulement l'administration connaissait des changements et de nouveaux postes» mais il fallait transformer l'organisation du crédit de l'Etat dont le mécanisme devenait plus compliqué. Dès 1295, Philippe le Bel avait instauré «le Trésor du Louvre», dont il serait le principal mais non l'unique client. Cela dégageait le Temple du plus gros de ses tâches, mais non de toutes : le roi lui laissait, par exemple, le recouvrement des contributions imposées aux villes de Flandre.
Il ne s'agissait pas semble-t-il, d'hostilité à l'endroit de l'Ordre, mais certainement d'un effort pour mieux tenir en main les sources de crédit. Depuis quatre ans, à côté du Temple, une banque privée - celle de Biche et Mouche - gérait une importante partie des finances royales. C'est elle, par exemple, qui percevait le décime dû par l'Ordre de Cîteaux, tenait les comptes des sénéchaussées et de certaines foires, faisait rentrer les taxes extraordinaires, celles sur le clergé, sur les Juifs, les Lombards; etc. Comme le Temple, la banque dut tout transmettre au Trésor du Louvre..
De 1295 à 1305, le conflit qui opposait te pape à Philippe le Bel connut des phases aiguës, celui-ci n'hésitant pas à fabriquer des faux pour discréditer son adversaire. En 1305, un évêque français, Clément V, fut élu pape : il ne s'installa pas à Rome, mais en Avignon. Dès lors, il était sans défense contre le roi de France.

VIRAGE POLITIQUE DE PHILIPPE LE BEL

Les templiers(2): déclin et chute de l'ordre du temple
Ces dix années de lutte serrée entre le Vatican et les dirigeants de l'Etat franchis, sont d'autant plus à retenir pour ce qui nous intéresse que, pendant la même période, les rapports entre Philippe le Bel et l'Ordre du Temple furent excellents.
Certes^ en demandant à être admis comme membre honoraire de la milice du Temple, Philippe le Bel n'exprimait pas un souci d'idéalisme. Mais, dans ses heurts avec le Vatican comme pour ses difficultés financières, le roi trouvait au Temple une double force très avantageuse.
Car la fondation du Trésor du Louvre n'avait pas mis fin à la crise financière. Non seulement le roi dut, en 1301, bloquer les changes, mais l'année suivante, il obligea les riches à verser au Trésor une partie de leur « vaisselle blanche », accrut la fiscalité, puis interdit l'exportation du vin, de la monnaie d'argent et de cuivre. S'ajoutant aux dévaluations faites, tout cela se traduisit par une forte montée des prix. La situation s'annonçait si dangereuse que Philippe le Bel estima préférable de mettre en veilleuse le Trésor du Louvre et de reprendre le Temple comme grand organe de crédit. En juillet 1303, tous les comptables reçurent l'ordre d'envoyer leurs fonds disponibles au Temple. Pendant quatre ans, l'Ordre, en liaison avec les agents du roi, allait gérer les finances de l'État.
C'était une association. Peu avant (le 15 juin), Hugues de Pairaud, visiteur de France, c'est-à-dire délégué par le Grand Maître pour l'inspection des maisons, proclamait devant l'assemblée que l'Ordre défendrait le Royaume même contre le pape.
De son côté, pour remercier, donner des gages, inspirer confiance, Philippe le Bel accorda, en octobre 1304, de nouveaux privilèges aux Templiers. Dans sa proclamation, il déclarait :
« Les œuvres de piété et de miséricorde, la libéralité magnifique qu'exerce dans le monde entier, et en tout temps, le saint Ordre du Temple, divinement institué depuis de longues années, son courage qui mérite et être excité à veiller plus attentivement et plus assidûment encore à la défense périlleuse de la Terre Sainte nous déterminent justement (...) à donner des marques d'une faveur spéciale à l'Ordre et aux Chevaliers pour les quels nous avons une sincère prédilection. »
Rien ne gênait moins Philippe le Bel que le mensonge. Il savait être souple, maquiller sa pensée et ses sentiments pour parvenir à ses fins.
Le pape étant un Français et séjournant désormais dans le pays, finie la lutte avec Rome. Le roi pouvait le cerner, essayer d'exercer sur lui une influence, en se présentant toujours comme un grand défenseur de la chrétienté. Pourtant, la situation du Temple devait le laisser rêveur : il n'avait plus rien à en attendre et beaucoup à en craindre. S'il bénéficiait des avoirs des Templiers, il ne détenait pas leurs fonds, leurs propriétés. Il était excellent d'avoir pu les compter comme alliés pendant les différends avec là papauté; mais désormais ce soutien devenait inutile. Qu'allaient-ils faire ? Pour sauvegarder leur indépendance, ne rétabliraient-ils pas des liens étroits avec le Vatican ? En conséquence ne convenait-il pas de tirer parti du fait que l'Ordre restait décroché de sa raison d'être, de ses bases du Proche-Orient, pour absorber ses terres et ses biens ? Pareille réquisition alimenterait un peu les caisses de l'État, si dégarnies. Et puis, sous l'angle de la controverse « pouvoir spirituel-pouvoir temporel » l'Ordre du Temple, se situant dans l'entre-deux, pouvait, selon son bon plaisir, peser sur l'un ou l'autre plateau. Tant qu'il demeurerait libre, il conviendrait de prendre des précautions avec lui. N'était-il pas plus adroit de profiter de la conjoncture, de la mauvaise santé du pape et du discrédit frappant les Templiers depuis la défaite d'Acre, pour absorber les richesses de l'Ordre et lui enlever toute chance comme parti, comme État dans l'État ?
Le martyre des Templiers allait commencer. Les mystères Templiers aussi..


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