Les environs de Limoux paraissent avoir été favorisés par ces apparitions. Ditandy, dans ses «Lectures variées sur le Département de l'Aude », leur fait fréquenter trois endroits aux abords immédiats de la ville : les bords ombragés du Gougain, la colline de Taïch (fontaine de las Encantados) et la fontaine des Agoustines.
On retrouve cette légende des fées des eaux à Ginoles (1), à Couiza (colline de las Encantados) (2), dans le Bas-Razès, sur les bords du Sou entre Brugairolles et Malviès (3) et dans bien d'autres endroits du Pays d'Aude.
Mais il est dans les Corbières d'autres fées des eaux; fées malfaisantes, elles ne se promènent pas au clair de lune en longues robes blanches et leurs légers voiles ne flottent pas sur les bords fleuris des rivières; elles hantent plutôt les grottes et les petits ruisseaux et elles inspirent la crainte et l'effroi : Ce sont les « Mitounes ».
A Missègre, elles habitent « le trou des Mitounes » ; c'est une petite grotte qui s'ouvre à flanc de coteau, en bordure du ruisseau de Guinet et à quelques centaines de mètres au nord du village. C'est là que ces petites femmes se réfugient après avoir lavé leur linge au clair de lune et où elles cachent celui qu'elles ont dérobé aux villageois.
A Rennes-les-Bains, elles ont leur demeure tout près du « Lavadou» ruisselet qui coule au Sud du hameau de Montferrand. C’est dans le «Lavadou » qu'elles vont faire leur petite lessive. Celui qui est assez habile pour réussir à leur voler du linge est assuré de faire fortune sous peu. Malheureusement, cet argent disparait rapidement et au bout de quelques temps « le voleur » est aussi pauvre qu'auparavant. A Montferrand, on vous dira encore que la famille T... jadis, avait eu du linge des «Mitou¬nes». — La famille C... de Sougraigne, avait elle aussi réussi à subtiliser aux Mitounes un « païroulet » et une serviette; les petites sorcières étaient réfugiées dans « la cooùno » qui Se trouve dans le voisinage immédiat de la source de « Tourtos », non loin du hameau des Clamencis et de son moulin. Les Mitounes s'étant aperçues du larcin avaient poursuivi le voleur, mais en vain. Alors elles avaient menacé : « Méfisatz-pous, tant que va pouiretz garda, anira pla ». Et depuis ce jour, les habitants du village remarquaient que la maison C... n'était jamais fermée, même au temps des travaux les plus pressants, un membre de la famille gardait ce qui avait été pris aux Mitounes. Cela n'empêcha pas l'apparition rapide de la misère succédant à une grande aisance (4).
D'autres, à Rennes-les-Bains, vous diront que si vous possédez une pièce du trousseau des Mitounes « Aouretz cado mati cinq soous sus la laïcho». Evidemment, en 1938, cinq sous ce n'est pas grand chose. Mais au temps jadis, à l'époque des Mitounes, c'était une somme intéressante.
A Rennes-le-Château, les malignes petites femmes jouèrent un mauvais tour au berger Jean D... Un soir, ce dernier fut tout surpris, à l'heure de la rentrée du troupeau, de voir qu'il manquait une brebis; après avoir fermé son étable, il rebrousse chemin et non loin du moulin aperçoit l'animal. Il l'appelle, la brebis ne bouge pas, il approche, veut la faire marcher, ses efforts sont vains. Après avoir examiné si elle n'avait pas de blessure aux pattes, il prend le parti de faire ce que font tous les bergers en pareil cas : mettre l'animal sur les épaules et le porter jusqu'à la bergerie. A l'entrée du village, il entend une voix qui disait : « Qui te porto, mitouno ?. — « Jean D... (5) » répond la brebis. Inutile d'ajouter que la brebis fui vite posée à terre, sinon jetée et que le pauvre Jean D... ne la revit plus.
A Laroque-de-Fa, les Mitounes ne sont pas seulement lavandières, elles sont aussi meunières. Lorsque la source intermittente de « Las Canals » coule, ne dit-on pas que « las Mitounos moloun » ?...
Quant au sabbat, il a lieu « al prat das Esquellés » (6).
Des Mitounes sont encore signalées à Fourtou (grotte des mythones ou des sorcières) (7), à Greffeil (8), à Rouvenac «En amont de Rouvenac et sur la rive droite de la Rivière, s'ouvre la grotte des mythones... On raconte que cette grotte était autrefois habitée par des fées qui, la nuit, venaient laver leur linge avec un battoir d'or dans les eaux claires du Fabi; or, une nuit, l'une d'elles oublia le battoir qui fut recueilli le lendemain par un passant qui le vendit à un orfèvre. Depuis ce jour là, par les nuits sans lune et quand le vent souffle dans les arbres qui cachent l'entrée de la grotte, on entend des gémissements; ce sont, dit-on, les fées qui pleurent (9) ».
Sans nul doute, il existe d'autres grottes habitées par les Mitounes, les rives d'autres ruisseaux ont entendu l'écho de leurs coups de battoir.
Nous serions reconnaissants aux folkloristes audois de nous signaler ce qu'ils savent au sujet de ces fées lavandières. Nous les en remercions d'avance. (10).