1877, Eugène Stublein dans sa notice « Description d'un voyage aux établissements thermaux de l'arrondissement de Limoux » (à ne pas confondre avec l'apocryphe qui lui est attribué et qui est un faux notoire, à savoir : « Pierre gravées du Languedoc ») signale le menhir comme pierre druidique sur sa carte routière des établissements thermaux de la région.
Enfin, pour le plus ancien à ma connaissance, en 1867 ( soit onze ans avant l'arrivée de Boudet à Rennes les Bains), le menhir est sommairement signalé par j. Delmas dans sa « Géographie de l'Aude ».
Voici donc pour l'antériorité du peulvan à l'œuvre de Boudet. Mais ce satané cailloux n'a pas fini d'intéresser les érudits locaux ce qui accentue d'autant l'omission de celui-ci par Boudet..
En juillet 1896 l'abbé Ancé effectua une excursion d'étude sur le mégalithe pour la société d'Etude Scientifique de l'Aude (in bulletin de la SESA -1900 -Tome XI) puis en juin 1924 c'est G. Sicard (correspondant de la Commission des monuments Historique) qui pour la SESA effectue aussi une excursion à Arques et Fourtou :
« Ce mégalithe se trouve juste sur le méridien de Paris ". Pour les Accros des cartes modernes IGN je précise que le peulvan se dresse à environ 325 mètres de la méridienne de la carte TOP 25 2347 OT. Alors pourquoi la faire passer sur la pierre dressée ? Tout simplement parce qu'il faut tenir compte de l'imprécision des cartes d'état major au 88 000 ème de l'époque et de la fameuse erreur de Méchain lorsqu'il débuta la mesure de l'arc du Méridien vers Barcelone au début du XIXème siècle (erreur rectifiée aujourd'hui). " Il n'est qu'à 200 m environ de la route, en face de la borne kilométrique 65km 5h. Il est en calcaire ancien, incliné S.S.O. et s'élève au-dessus du sol à 2m50. Sa plus grande largeur est de 0.75 m, son épaisseur de 0.60 m. On prétend qu'une vaste excavation existe sous le monument, la terre résonnant en creux au pied du mégalithe (note de feu M. l'abbé Ancé).
" On peut noter que M. Sicard est beaucoup moins approximatif sur la mesure du menhir que L. Fédié. " Cette pierre est appelée indifféremment Menhir d'Arques ou menhir de Peyrolles. Cependant c'est sur le territoire de cette dernière commune que s'élève le mégalithe. ". Depuis les années cinquante l'intérêt des chercheurs officiels s'est abîmé dans un oubli absolu. On ne peut que se questionner du manque d'études sur cette cavité alors que les moyens techniques sont simples à mettre en œuvre (Magnétomètre), mais il semblerait que ce soit le cas pour la majorité des sites d'intérêt archéologique de la région. On est bien loin des moyens mis en œuvre dans les départements du Sud-est de la France où les chantiers de fouilles sont nombreux.
A PROPOS DE L'ABBE BOUDET :
En 1894 M. Fédié fait l'éloge de l'Abbé Boudet dans les " Mémoires de la Société des Arts et Sciences de Carcassonne " tome VII, 1894-1895. Sujet de cet éloge, son étude sur les "remarques sur la phonétique du dialecte languedocien ", article de la même veine linguistique que " la Vraie Langue Celtique " où Boudet triture les mots en mariant éléments occitans et anglo-saxons. " Nous devons louer M. l'abbé Boudet de nous avoir prouvé qu'il s'était préparé par de fortes études et de patientes recherches à traiter en homme compétent le sujet qu'il avait choisit. " Difficile de nier le lien entre les deux hommes, ce qui met en évidence l'étrangeté de l'absence de toute mention de la Peyro Dreito dans " la Vraie Langue Celtique ", ce que Louis Fedié n'a put manquer de constater. D'autant plus que c'est L.Fédié qui signa en janvier 1888 le diplôme d'Henri Boudet comme membre correspondant de la Société des Arts et Sciences de Carcassonne. Doit on comme le suggèrent Boudet et M. Patrick Ferté, faire œuvre de Langue Punique ou de la sténographie de l'abbé Trithème ( du grec steganos : Caché et grapho : écriture) pour débusquer le menhir ? Notons au passage l'étrange graphie de ce mot par l'abbé Boudet qui fait omission du H. " Ménir " nous signale t il déjà un manque par le biais de cette anomalie ? Comme pour la transformation du H du fantomatique Cromlech en un K ? Jouons un peu le jeu du langage des oiseaux avec Boudet.
Nous avons donc un " ménir " sans H. H comme Hache.. A la page 255, l'abbé nous gratifie d'un chapitre nommé « La pierre de trou ou Hache celtique », qui débute par « Les grandes pierres érigées dans toute la Gaule, renfermaient un sens religieux d'une vérité incontestable. ».. Alors que l'on s'attendrait à un développement sur ce sujet il bascule rapidement sur la hache celtique qu'il semble associer aux menhirs. « La pierre polie dite hache celtique, faite de jade, de serpentine ou de diorite, affecte diverses formes. Le dialecte languedocien la nomme pierre de trou. Elle représente ce qu'il faut croire, c'est à dire, les enseignements nécessaires inscrits dans les grandes pierres levées... ». Il les associe aussi aux tombeaux celtes : « La présence des silex et de pierres polies dans les tombeaux des celtes… ».
Il est facile de passer rapidement sur des éléments intéressants sans leur accorder un minimum d'intérêt, tant cette œuvre est lourde et éloignée de notre rationalisme à la Descartes. Toutefois, avec un peu d'application et d'intuition (qualité fortement déniée de nos jours), il demeure possible d'en tirer la " substantifique moelle " si chère à Rabelais et cela de la même manière qu'il nous le souffle dans ses Œuvres : par le jeu des mots et des idées (méthode usitée aussi par la société des Gouliards).
-Dès le début du chapitre, l'abbé Boudet nous interpelle sur les grandes pierres levées.
-A ces pierres, les Haches celtiques sont intimement liées.
-Importance du dialecte languedocien et de la signification de " Pierre de Trou " clefs de l'enseignement des pierres dressées.
-Les pierres de trou et par miroir donc les peulvans désignent un tombeau.
Nous avons donc une pierre levée en rapport avec des H celtiques, Relevons l'appel de l'auteur d'appliquer le dialecte languedocien à " pierre de trou " : A " pierre ", correspondrait l'élément occitan : « Peyro " et à " trou ", l'élément anglais " hole « ce qui nous donne peyro-hole : Peyrolles. Donc " pierre à trou " mais aussi « pierre manquante "..
Dans ses articles, Louis Fédié prône le rapprochement " pierre de trou - tombeau ", il considère que Peyrolles vient de Peyra-olla soit pierre-urne funéraire- ce qui nous donne " tombeau ".
Dans le chapitre suivant intitulé : " Signification secondaire des pierres levées. Les Eubates " , Boudet nous désigne, par association d'idées, les peulvans comme pierres druidiques, nom aussi donné par Eugène Stüblein sur sa carte de 1877 à la peyro dreito de Peyrolles. Belle coïncidence.. Je conçois que ce type d'analyse semble relever de la gymnastique d'esprit, mais il est difficile d'aborder le livre de H. Boudet sans entendre ses appels sur la langue punique aux principes si cryptiques. En conclusion Boudet ne pouvait ignorer l'existence de cette Pierre dressée, et par son jeu de langage qui en a rebuté plus d'un. Il nous convie à s'intéresser au seul véritable monument mégalithique des environs, celui de Peyrolles, comme symbole d'un tombeau, qui sera matérialisé sous une forme plus parlante par le tombeau de Peyrolles en 1903 si cher aux Arcadiens …
M.F.
SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES :
Henri Boudet : " La vraie Langue Celtique ou le Cromleck de Rennes les Bains" 1886.
Louis Fédié : "Etude historique sur le Haut-Razes"-1878.
Louis Fédié : " Le Comté de Razes et le diocèse d'Alet" 1880.
Eugène Stüblein: "Description d'un voyage au établissements thermaux de l'arrondissement de Limoux" 1877.
J. Delmas: "Géographie de l'Aude" - 1867.
Patrick Ferté: "Arsene Lupin , supérieur inconnu" 1992.
Bulletins de la S.E.S.A. : T8 (1896)- T11 (1900) - T36 (1926).
Bulletin de Société des Arts et Sciences de Carcassonne T. VII (1894-1895).