L OR DU TEMPLE
I. - Un ingénieur strasbourgeois a-t-il découvert le trésor ?
Vendredi 21 Décembre 2007
Il y a, émanant de chaque trésor, une défense occulte qu'il est enivrant de forcer , une magie dont on accepte l'emprise, un encanaillement délicieux qui transfuse en nos veines un peu du sang trop chaud des pirates qui partaient à l'assaut des flottes de l'or et des remparts des châteaux féodaux.
Et nul ne saurait en préserver son âme.
Robert Charroux sait de quoi il parle (1). Président du très sérieux Club international des chercheurs de trésors, il a élevé la recherche des magots cachés à la hauteur d'une institution : quinze mille gisements répertoriés, plus de quatre mille photos, plans, contretypes ou dessins, de très conséquents et modernes moyens de fouilles, enfin des collaborateurs efficients et hardis.
Au siècle de l'atome, il ne pouvait en aller autrement. Mais, malgré l'environnement coûteux d'un appareillage scientifique, la précision presque clinique des chiffres et des données d'investigation, l'envoûtement subsiste. Les torches fumeuses des temps jadis éclairent toujours l'âme des chercheurs de trésors. Cet obscur sentiment de mystère que l'on éprouve devant tout message incompris, cette sensation de malaise diffus que l'on ressent lorsqu'un témoignage ébranle nos convictions sans les abattre, nous les avons éprouvées récemment lors de la visite d'un chercheur. L'homme est trapu, comme tout bon Béarnais qui respecte ses origines. Il y a du chasseur d'isard dans la manière qu'il a de fouiller du regard le paysage ou les gens qui l'entourent La démarche est tranquille, le langage assuré. M. Léon Fontan, depuis dix ans, tient cabinet d'ingénieur-expert des industries électriques à Strasbourg. Auparavant, cet homme qui, avec un rare mérite, s'est formé lui-même, avait travaillé pour le compte d'une compagnie de radiologie, en tant que spécialiste de l'électricité médicale. Dynamique et entreprenant, M. Fontan occupe les rares loisirs que lui laisse la bonne marche de son cabinet, à la chasse. On chasse beaucoup en Alsace, et M. Fontan ne s'en prive pas. Ne s'en privait pas tout au moins. Car, depuis un an, cet homme intelligent, sensé, qui n'a rien d'un hurluberlu, s'est découvert une passion dévorante, un second violon d'Ingres, comme il le dit fort bien lui-même : la part du rêve.
C'est à la faveur d'une visite à des parents audois que cette seconde passion est née en lui et a tout dévoré, comme la flamme ardente d'un bûcher. Depuis longtemps déjà, M. Fontan connaissait la légende qui entoure le site mystérieux de Rennes-le-Château, la vie insolite de Bérenger Saunière, le curé sardanavalesque des lieux, l'histoire fantastique du trésor. En touriste qui s'intéresse plus a la légende-* qu'à la réalité, i1 fit une courte visite aux lieux... Et cet homme de sens rassis décida, à son tour (car ils furent et sont encore nombreux ceux que passionne l'or de Rennes), de se lancer à la « quête du Graal ». Des mois d'étude des textes connus, empressons-nous de l'écrire, lui furent nécessaires. Il courut même les bibliothèques et les bouquinistes, à Paris notamment En février, la clarté du texte obtenu, après déchiffrage, l'incita à venir sur place vérifier ses déductions. A Carnaval, il était sur les lieux : une carte de France au 1/50.000, une paire de jumelles et un appareil photographique pour tout bagage. Sur le terrain, d'abord perplexe et incrédule, il chercha à relever les indices pouvant affermir ses hypothèses. Il les trouvai Surpris, il décida alors d'étudier sa découverte en partant d'un autre point de raisonnement, à savoir que les repères rencontrés sur le terrain n'indiquaient pas forcément l'emplacement du trésor, mais faisaient partie d'un ensemble dont la compréhension globale pouvait seule y mener. Ses conclusions infirmèrent cette hypothèse. Et, à Pâques, il revint à nouveau près de Limoux. Depuis cette date, M. Fontan a souvent fait le voyage (sept fois, comptait-il à la mi-septembre) Strasbourg-Rennes : seul ou avec des compagnons ignorant tout de ses recherches, le plus souvent de nuit. Il marcha, toisa, creusa, sonda. Et. le 20 juillet 1971, à 17 heures, en l'étude de Me André Gaston, huissier de justice à Limoux, le plus officiellement du monde, il faisait dresser un constat d'antériorité. Huit jours plus tard,, en présence de l'officier ministériel, il informait confidentiellement le maire de la commune de sa découverte. Ceci afin de préserver ses droits d'inventeur, jusqu'à ce qu'il ait obtenu les autorisations et moyens nécessaires aux fouilles qu'il compte entreprendre. Car, rêveur peut-être, mais réaliste, M. Léon Fontan veut aller jusqu'au bout : parce qu'il est intimement convaincu de la justesse de ses déductions, il veut les étayer d'une certitude. Le trésor est bien là où il l'indique sur une carte, où il le montre sur le terrain, comme la photo prise sur les lieux mêmes de sa découverte. Le trésor n'est pas à Rennes-le-Château. Et il ne s'agit rien moins que de l'or du Temple! A suivre
1. « Trésors du monde enterrés, emmurés, enfouits », par Robert Charroux, « J'ai Lu ». collection « L'Aventure mystérieuse », librairie Fayard.
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