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Praetorium Magazine

Introduction à la grande tactique


Jeudi 3 Septembre 2009
Cours d'art et d'histoire militaires jules Vial, Cours d'a
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Introduction à la grande tactique
La tactique, en général, est la science des manœuvres. Elle se divise en deux parties :

1° La tactique élémentaire ;

2° La grande tactique.


La tactique élémentaire comprend les manœuvres particulières des différentes armes. Nous nous en sommes occupés dans le Cours de première année.

Pour l’infanterie, la tactique élémentaire comprend l’instruction de détail, c’est-à-dire les écoles du soldat, du peloton et du bataillon.

Pour la cavalerie, elle comprend les écoles du cavalier, du peloton, de l’escadron et les évolutions de régiment.

Pour l’artillerie, le service des bouches à feu et les manœuvres de batteries.

La grande tactique s’applique plus particulièrement aux mouvements d’ensemble et aux manœuvres que l’on exécute avec les trois armes réunies. Elle comprend tout ce qui a rapport aux évolutions de divisions, de corps d’armée et d’armées.

On peut la définir, l’art de disposer et de faire mouvoir les troupes sur le champ de bataille.

La grande tactique comprend quatre parties principales :

1° L’étude des positions militaires ;

2° Celle des ordres de bataille;

3° Celle des marches tactiques;

4° Celle des batailles.

Elle s’applique donc en général à l’étude des champs de bataille et de tout ce qui s’y passe. Nous la verrons avec détails dans la troisième partie du Cours de cette année. En ce moment nous nous contenterons d’indiquer ce que c’est que le champ de bataille et quels sont les principaux accidents que l’on y rencontre ; ce que j’ai fait dans la leçon précédente, pour la stratégie et le théâtre d’opérations. Mon but est encore le même : préparer, pour les leçons suivantes, l’étude de l’influence du terrain sur les opérations tactiques.

Indépendamment de cette influence particulière, dont nous nous occuperons plus tard, la tactique subit encore des influences générales dont nous allons nous occuper immédiatement.

Trois formes d'influence

Ces influences sont de trois espèces :

1° La tactique d’un peuple subit l’influence de son caractère particulier.

2* Elle subit l’influence de la nature de ses armes.

3° Enfin elle subit celle de la forme de son gouvernement.


Chaque peuple a son caractère particulier qu’il doit à son climat, à la nature du pays qu’il habite, à son origine, à ses traditions, à sa religion, etc… Ce caractère particulier exerce évidemment une certaine influence sur sa manière de combattre.

Les Français sont vifs, impétueux, impressionnables. Par suite ils affectionnent l’offensive. Ils aiment le combat en marchant et en manœuvrant. Ils emploient surtout les formations en colonnes et en tirailleurs, comme méthode habituelle de guerre.

« Le combat en tirailleurs, dit le général Mathieu « Dumas, plaît au soldat français par sa mobilité et par « la liberté qu’il lui laisse. Il l’aguerrit promptement; « il l’accoutume à mépriser le danger, et il ne le rend « que plus ferme, quand il doit combattre en ligne ou » dans un poste fermé. »

Les admirateurs de Frédéric avaient commis une faute dans le siècle dernier, en voulant imposera notre armée la tactique linéaire qui réussissait avec les Allemands.

Ceux-ci sont calmes, patients, peu susceptibles d’enthousiasme, mais en même’lemps difficiles à décourager. Ils aiment le combat de pied ferme et les formations régulières. Leur tactique habituelle se trouve ainsi en rapport avec leur caractère particulier.

Les Anglais excellent dans la défense des positions. Ils nous en ont donné malheureusement des preuves trop nombreuses dans la guerre d’Espagne. Ils en ont donné une dans la guerre d’Orient sur les hauteurs d’Inkermann. Ils affectionnent par suite l’ordre déployé et de pied ferme, en arrière de la crête d’une position défensive.

Enfin les Russes sont remarquables par leur ténacité, dont ils ont donné des preuves dans toutes les guerres depuis Zorndorf jusqu’à la Moskowa.

En raison de la longue durée du service militaire en Russie, les soldats n’ont plus d’autre patrie que leurs régiments. Ils s’attachent à leurs drapeaux, comme un paysan s’attache au clocher de son village. Par suite, les Russes emploient habituellement des formations profondes, lourdes, mais très-solides et qu’il faut démolir à coups de canon pour les faire disparaître du champ de bataille.

Les principes de la grande tactique sont aujourd’hui à peu près les mêmes dans toute l’Europe. Les règlements de manœuvres des, différents peuples ont de grandes analogies.

Mais, dans l’application, le caractère propre de chaque peuple influe sur sa manière de combattre, et amène pour lui l’emploi fréquent, habituel, de certaines formations et de certaines manœuvres qui forment alors sa méthode particulière de guerre.

Telle est la première influence que subit la tactique.

Elle subit ensuite l’influence de la nature des armes.

On retrouve cette influence aux differentes pages de l’histoire.

Ainsi les Grecs armés de longues piques se forment en phalanges profondes et serrées.

Les Romains, armés d’épées et de javelots, adoptent l’ordre légionnaire, qui leur donne plus d’espace et de liberté.

Plus tard, l’invention des armes à feu bouleverse la tactique du moyen âge. L’infanterie, devenue l’arme principale, se déploie en lignes étendues et peu profondes, de manière que chaque homme puisse faire usage de son feu.

Aujourd’hui enfin la tactique moderne va se modifier par suite de l’invention des armes rayées.

Ces armes ne sont pas encore arrivées à leur dernier degré de perfectionnement.

Et jusqu’à ce que toutes les troupes de l’Europe soient armées uniformément, à peu près comme elles l’étaient sous l’Empire, la question de l’armement jouera un grand rôle dans la tactique.

Les nations les plus riches et les plus industrieuses paraîtront sur les champs de bataille avec des armes supérieures, et elles devront la victoire à cette supériorité.

Les Changements previsibles

Quoi qu’il en soit, voici les principaux changements que l’on peut prévoir :

1° Les armées devront se déployer plus loin les unes des autres.

2° Les feux de tirailleurs deviendront plus meurtriers, et par suite on en augmentera le nombre.

3° L’action de la cavalerie, surtout en grandes masses, diminuera comparativement à celle des autres armes.

4° On emploiera davantage les retranchements, pour se couvrir au moins contre les feux de l’infanterie.

5° On cherchera à mettre plus de rapidité dans les manœuvres, afin de rester moins longtemps exposé au feu de l’ennemi.

6° On recherchera plus encore que par le passé à utiliser les accidents du terrain, pour protéger les troupes, couvrir des attaques, masquer des réserves, etc.

7° Enfin l’attaque et la défense des places subiront de grandes modifications.


« Néanmoins, dit le général Jomini, on ne pourra « pas plus aujourd’hui qu’autrefois décider la victoire « en se fusillant de loin. Les batailles ne seront pas « davantage que par le passé des duels à la carabine. « Il faudra toujours manœuvrer et finir par aborder « l’ennemi. Comme précédemment, la victoire restera « à l’armée la plus mobile, la plus manœuvrière, à « celle qui aura une tactique supérieure. »

Et cette tactique, comme je l’ai dit plus haut, devra être bien en rapport avec le caractère particulier de la nation et avec la nature de ses armes.

Elle sera aussi en rapport avec la forme de son gouvernement, parce que c’est là, pour ainsi dire, la représentation de la cause pour laquelle on combat.

Montesquieu distingue trois espèces de gouvernement :

Républicain, monarchique et despotique.

Le principe de chacun d’eux est différent.

Pour le premier, c’est la vertu.

Pour le second, l’honneur.

Pour le troisième, la crainte.


Ces trois principes exercent une grande influence sur les rapports des citoyens, soit avec leur gouvernement, soit entre eux.

Ils en exerceront évidemment une très-grande sur la manière de combattre du peuple auquel ils s’appliquent.

La forme républicaine, ou tout au moins libérale, développera le courage individuel et conduira aux tirailleurs en grande bande. C’est ainsi qu’en 1793, les Français adoptèrent une tactique offensive basée sur l’emploi de grandes bandes de tirailleurs soutenues par des colonnes : tactique qui était en rapport non-seulement avec leur caractère particulier, mais encore avec l’élan et l’enthousiasme inspirés à nos soldats par la forme de leur gouvernement.

La forme despotique conduira aux formations rigides, à la tactique automatique, à celle de Frédéric, où le soldat ne combat plus comme un homme, mais comme une machine, toujours sous la canne de son instructeur.

Ainsi donc, la tactique d’un peuple subit les trois influences dont je viens de parler, et pour faire combattre les armées, il faut adopter, comme méthodes habituelles de guerre, des manœuvres qui soient en rapport avec ces influences.

J’ajouterai que la méthode de guerre d’un peuple n’est pas immuable. Elle doit changer avec les circonstances. C’était là ce que l’Empereur voulait dire, quand il écrivait que la tactique devait changer tous les dix ans. Il entendait évidemment la méthode de guerre.

Au moment d’une entrée en campagne, la méthode de guerre que l’on se propose d’adopter doit être telle qu’elle surprenne l’ennemi, qu’elle ne soit pas prévue par lui à l’avance, et surtout qu’elle agisse par les contraires, opposant le feu au choc , la solidité à l’élan , la rapidité à la lenteur, les manœuvres à l’immobilité.

Nous avons vu que la grande tactique était l’art de disposer et de faire mouvoir les troupes sur un champ de bataille.

Le Champs de Bataille

Nous avons vu que la grande tactique était l’art de disposer et de faire mouvoir les troupes sur un champ de bataille.

Nous allons voir d’une manière générale ce qu’est le champ de bataille.

Je suppose deux armées en présence et sur le point de procéder à un engagement.

L’une d’elles, la plus faible, est sur la défensive, et occupe une position défensive, c’est-à-dire une sur face de terrain couverte par des obstacles qui ajoutent à sa force.

L’autre armée, la plus forte, qui a l’offensive, occupe une position offensive, c’est-à-dire une position telle que, tout en étant à l’abri d’une attaque inattendue, cette armée puisse déboucher avec avantage pour attaquer la position opposée.

Les deux armées sont donc ainsi vis-à-vis l’une de l’autre, attendant le moment d’en venir aux mains.

Cette situation dure quelquefois plusieurs heures, comme à Friedland ; d’autres fois une nuit, comme à Wagram ; d’autres fois encore, plusieurs jours, comme à Austerlitz, comme à la Moskowa.

Quoi qu’il en soit, l’ensemble des positions des deux armées, l’espace vague qui les sépare et sur lequel doit avoir lieu le choc de leurs divers éléments, une zone de terrain sur chaque flanc, soumise à l’action de l’artillerie et pouvant devenir le théâtre de quelques manœuvres, enfin les derrières des deux positions, jusqu’aux limites où cesseront les opérations de la bataille proprement dite, voilà le champ de bataille.

C’est une surface de quelques lieues carrées pouvant être embrassée à vue par un général en chef pour des armées de force ordinaire.

L’étendue d’un champ de bataille est variable et dépend de la nature du pays et de la force des armées belligérantes.

Pour de petites armées, c’est-à-dire pour des armées au-dessous de 60,000 hommes, le champ de bataille aura 16 ou 20 kilomètres carrés.

Pour de grandes armées, comprenant plusieurs corps et fortes de 100,000 hommes, par exemple, le champ de bataille aura une étendue de 10, 15, 20 lieues carrées.

Ses limites sont ordinairement indiquées par les obstacles qui servent d’appuis aux flancs de l’ordre de bataille défensif, comme un grand cours d’eau, une chaîne de montagnes, un marais, etc.

Un champ de bataille présente des accidents de toute espèce. Les positions des deux armées sont formées par la combinaison de ces accidents.

Ce sont des fermes, des châteaux, des villages, des bouquets de bois, des défilés, des chaînes de hauteurs, des ruisseaux, des marais, etc.

Nous étudierons le rôle tactique de ces divers accidents dans une prochaine leçon.

Pour le moment, nous ne nous occupons que de l’ensemble d’un champ de bataille.

J’en citerai trois exemples :

1° Le champ de bataille de Rivoli -,
2° Celui d’Austerlitz ;
3° Celui de Leipzig,


qui s’appliquent à de petites armées, à des armées moyennes, et enfin à des armées considérables.

Sur le champ de bataille de Rivoli, les Français ont environ 20,000 hommes; les Autrichiens 30,000.

La position française, position défensive, s’appuie, à droite, à la chapelle de San-Marco, et plus loin à l’Adige (voir l’Atlas de Jomini pour les guerres de la Révolution, ou l’Atlas de Saint-Cyr).

Son front est marqué par les hauteurs de Trom- balora.

Sa gauche s’appuie à un torrent, le Tasso.

Ses derrières s’étendent jusqu’à Rivoli.

Les Autrichiens occupent vis-à-vis une position offensive. Us appuient leur droite au Monte-Baldo ; leur gauche à l’Adige ; leur front au village de San- Martino.

Le champ de bataille de Rivoli forme ainsi une surface de 20 kilomètres carrés, limitée à l’est par l’Adige, à l’ouest par le Monte-Baldo, au nord par une ligne passant au-dessous de la Madona delia Corona, et au sud par une autre ligne passant vers Rivoli.

Ce champ de bataille présente un espace rétréci, en rapport avec la nature du terrain et avec l’effectif des deux armées.

Sur le champ de bataille d’Austerlitz (PL Y,fîg. 1″), l’armée française est forte de 65,000 hommes; l’armée austro-russe, de 85,000.

La position française, position défensive, appuie sa gauche au mamelon isolé du Santon, et est couverte au delà par les derniers contre-forts des montagnes de Bohème.

Son front est marqué par le ruisseau du Goldbach et par les villages de Girkowitz, Pontowitz, Kobelnitz, Sokolnitz et Telnitz.

La droite s’appuie aux étangs de Menitz et de Sats- chan.

La position offensive des Austro-Russes est séparée de la position française par un intervalle de 3 à 4 kilomètres.

Elle a sa droite aux montagnes; son centre sur le plateau de Pratzen; sa gauche au village d’Audjed, et ses derrières s’étendent jusqu’à Austerlitz.

Le champ de bataille d’Austerlitz forme alors un vaste rectangle, limité au nord par la direction des montagnes de Bohême, à l’ouest par les bois de Turas, au sud par les étangs et le ruisseau d’Audjed; enfin, à l’est par une ligne passant vers Austerlitz.

C’est un rectangle d’environ 4 lieues de longueur sur 3 de largeur, présentant une surface d’à peu près 12 lieues carrées.

Sur le champ de bataille de Leipzig (voir la Carte n° 60 de l’Atlas du Consulat et de l’Empire), six armées sont en présence, et trois batailles se livrent à la fois sur le même théâtre.

Les Français ont environ 150,000 hommes.

Les alliés plus de 300,000.

Au midi, sur la route de Bohême, la position française, position défensive, appuie sa droite à la Pleisse. Son front, placé en arrière d’un ravin, s’appuie aux villages de Mark-Kleeberg, de Wachau et de Lie- bertwolkwitz.

Ce dernier village est, en même temps, le seul appui de la gauche.

La position offensive de la grande armée alliée se trouve vis-à-vis, sur l’autre berge du ravin, appuyée aux villages de Grobern, Gulden-Gossa et de Gross- Pôsnau.

Au nord, les corps de Ney et de Marmont sont à cheval sur les routes de Halle et d’Eulenbourg, appuyés aux villages de Môckern, Euterisch, Schônfeld et Sellershausen.

Ils ont devant eux les deux armées de Bernadotte et de Blucher, du Nord et de Silésie, qui ont franchi l’Elbe dans sa partie inférieure.

Enfin à l’ouest, le général Bertrand a débouché de Lindenau, faubourg de Leipzig, pour rouvrir la route de Lutzen, qui est la ligne de retraite de l’armée. 11 a devant lui un corps autrichien, celui de Giulay.

Ainsi trois batailles se livrent à la fois autour de Leipzig. Elles durent plusieurs jours. J’ai indiqué les positions de la première journée.

Le champ de bataille de Leipzig, ou plutôt la réunion des trois champs de bataille indiqués ci-dessus, embrasse une surface de 25 à 30 lieues carrées.

Ces trois exemples font comprendre ce que l’on entend par un champ de bataille.

Les relations que l’on établit entre les troupes sur le champ de bataille s’appellent relations tactiques.

Elles lient, elles soudent pour ainsi dire entre elles les diverses parties d’un ordre de bataille, de manière que tous les éléments de l’armée s’appuient mutuellement et que l’ennemi ne puisse pas se glisser entre eux.

J’entends la liaison des troupes de la manière suivante :

Dans un bataillon les hommes seront coude à coude.

Dans une division, les bataillons seront séparés seulement par les intervalles réglementaires de 24 pas, ou par des intervalles tels que les feux d’un bataillon se croisent avec ceux du bataillon voisin, de manière à ne pas laisser de lacunes dans la ligne.

Dans un corps d’armée, les divisions seront également bien liées entre elles, mais en tenant compte des formes du terrain et de l’emplacement des différentes armes.

Il en sera de même pour les différents corps d’une même armée.

Les intervalles entre les divisions et les corps d’armée ne peuvent pas être arrêtés d’une manière absolue ; mais il faut toujours que ces diverses unités soient

bien liées les unes aux autres et que l’ennemi ne trouve pas entre elles de lacunes dont il pourrait profiter.

Les relations tactiques ne doivent pas seulement exister dans le sens du front de l’armée, mais encore dans le sens de la profondeur de l’ordre de bataille.

Ainsi la deuxième ligne est généralement placée à 2 ou 300 mètres derrière la première et peut marcher rapidement à son secours, soit pour la soutenir, soit pour la relever.

La réserve est à 1000 ou 1200 mètres de la ligne de bataille, mais les communications entre elles ont été assurées à l’avance.

Les différentes lignes de l’ordre de bataille sont ainsi bien liées les unes aux autres.

Les mêmes relations doivent exister encore entre les différentes armes.

La cavalerie est aux ailes ou derrière les deux lignes de l’infanterie.

Celle des ailes appuie les flancs de l’infanterie, et en même temps elle en reçoit protection : c’est derrière cette infanterie qu’elle vient se rallier dans le cas d’une charge malheureuse. Il en est de même pour la cavalerie placée en troisième ligne.

L’artillerie ( indépendamment, bien entendu, de celle conservée en réserve) est disposée par batteries sur les points saillants et favorables de la position, aux ailes et sur le centre. On la met vis-à-vis des intervalles de l’infanterie à 250 ou 300 mètres environ, de manière qu’elle protége les troupes, mais qu’elle eh soit également protégée.

Ainsi donc, les relations tactiques, c’est-à-dire les relations que l’on établit entre les troupes sur les champs de bataille, sont basées sur les mêmes principes que les relations stratégiques, c’est-à-dire que les relations établies entre les troupes sur les théâtres d’opérations.

Les unes et les autres ont pour but de disposer les troupes de manière qu’elles se soutiennent mutuellement et que l’ennemi ne puisse pas s’interposer entre elles.

Les combinaisons tactiques sont celles que l’on forme sur le champ de bataille.

Elles doivent toujours remplir deux conditions principales :

1° Il faut dans ces combinaisons, que l’armée couvre ses lignes de retraite, au moyen d’une direction convenable donnée à la ligne de bataille.

2° Il faut, que le corps d’attaque soit plus fort que le corps ennemi qui lui est opposé sur le point décisif du champ de bataille.


Il y a deux espèces de combinaisons tactiques :

Les combinaisons tactiques offensives,

Et les combinaisons tactiques défensives.


Les combinaisons tactiques offensives ont pour but d’attaquer l’ennemi, de le chasser de sa position et de l’occuper à sa place.

Les combinaisons tactiques défensives ont pour but de résister aux diverses attaques de l’ennemi.

Nous verrons dans la troisième partie du Cours comment les ordres de bataille préparent ces diverses combinaisons, et nous verrons dans les batailles comment on les exécute.

diverses attaques employées sur les champs de bataille

Nous verrons dans la troisième partie du Cours comment les ordres de bataille préparent ces diverses combinaisons, et nous verrons dans les batailles comment on les exécute.

Pour aujourd’hui contentons-nous d’indiquer les diverses attaques employées sur les champs de bataille.

Ce sont :
Des attaques d’ailes ;
Des attaques centrales ;
Des attaques de flanc ;
Ou des attaques de revers.


Souvent on combine ces attaques deux à deux, et les combinaisons dont on trouve le plus d’exemples sont les suivantes :

Une attaque d’aile combinée avec une attaque centrale.

Une attaque d’aile combinée avec une attaque de flanc.

Une attaque sur chaque aile.


Enfin une attaque d’aile ou de flanc combinée avec une attaque de revers.

Telles sont les principales combinaisons tactiques dans l’offensive. Et la résistance à ces diverses attaques donne lieu aux principales combinaisons tactiques défensives.

Le choix des combinaisons tactiques appartient au général en chef. C’est à lui de discerner le véritable point d’attaque, et c’est là la partie la plus difficile et la plus importante de la tactique.

L’exécution des combinaisons tactiques appartient plus particulièrement aux généraux de corps d’armée et de division.

Ils ont besoin alors de trois qualités principales :

1° Ils doivent savoir juger, apprécier et employer utilement le terrain.

2° Ils doivent posséder la faculté d’évaluer rapidement les distances, afin de régler en conséquence l’effet des différentes armes.

3° Enfin ils doivent avoir une connaissance parfaite et une grande habitude des manœuvres pour faire mouvoir convenablement les diverses unités tactiques.


On acquiert l’art de juger et d’apprécier le terrain, en le comparant aux divers ouvrages de fortification, en examinant ses propriétés d’attaque ou de défense, en cherchant à y appliquer les manœuvres des différentes armes, etc.

On se forme à l’évaluation des distances en se promenant, en chassant, en voyageant.

Enfin on acquiert l’habitude des manœuvres en les pratiquant.

L’exécution des combinaisons tactiques est généralement moins difficile que le choix qu’il faut en faire.

On arrive à cette exécution au moyen des manœuvres tactiques.

Celles-ci consistent dans les moyens que l’on emploie pour passer d’une formation à une autre.

Les manœuvres tactiques doivent être simples, rapides, faciles à comprendre et à exécuter.

Elles doivent surtout être rapides, parce que c’est un moment dangereux à passer. Et pendant l’exécution de la manœuvre, chacun des éléments qui l’exécute doit pouvoir prendre à tout instant une formation défensive.C’est pour cela que, dans l’infanterie, toutes les manœuvres ont lieu avec des bataillons en colonne double qui peuvent rapidement se déployer ou former les carrés.

Nous distinguerons huit classes principales de manœuvres tactiques : ce sont les mêmes que nous avons déjà vues dans la tactique élémentaire de chaque arme.

Nous les rangerons dans l’ordre suivant :

1* L’armée ployée en colonne pour la marche se ‘déploie pour le combat. La première manœuvre consiste donc à passer de l’ordre en colonne à l’ordre en bataille. Et les deux armées se déploient vis-à-vis l’une de l’autre.

2° L’une attaque et se porte en avant, L’autre peut refuser certaines parties et les porter en arrière. La deuxième classe de manœuvres tactiques comprendra donc les marches, soit en avant, soit en arrière.

3° La marche en avant peut avoir lieu par échelons, comme à Friedland. Alors les échelons formeront la troisième classe.

4° La marche en arrière peut avoir lieu en échiquier; ce sera la quatrième manœuvre.

5° Les diverses lignes de l’ordre de bataille peuvent avoir à se remplacer, comme les divisions Carra, Saint- Cyr et Saint-Hilaire à la bataille d’Heilsberg. La cinquième classe comprendra alors les passages de lignes.

6° La sixième comprendra les changements de front, comme les deux divisions du corps d’attaque à Aus- terlitz, sur le plateau de Pratzen.

7° La septième comprendra les dispositions contre la cavalerie, dont on trouve également un exemple à la bataille d’Austerlitz, dans le corps du maréchal Lannes.

8° Enfin la huitième comprendra le passage de l’ordre en bataille à l’ordre en colonne, c’est-à-dire du combat à la marche, pour la retraite ou pour la poursuite.


Telles sont les manœuvres tactiques les plus usitées, c’est-à-dire celles dont on trouve des exemples dans les batailles.

Tel est aussi l’ordre dans lequel elles se succèdent généralement.

Dans tous les cas, les manœuvres tactiques doivent s’exécuter avec vigueur, adresse, solidité, rapidité, aplomb et précision. Elles ont une grande importance, et, comme le dit le général Jomini, elles assurent généralement le succès à l’armée qui les exécute le mieux.

C’est par elles qu’ont triomphé de leurs adversaires Gustave-Adolphe, Turenne, Frédéric et Napoléon.



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