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Rennes le chateau

Excursion à Couiza et environs


Mardi 17 Février 2009
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L'excursion du dimanche 12 avril 1891 avait pour objet une visite aux châteaux de Couiza et de Coustaussa, aux carrières à plâtre de Couiza et la recherche de fossiles.
L'emploi du temps ayant été préalablement bien étudié, le programme, quoique fécond, fut parfaitement rempli.
Sans avoir les connaissances voulues sur ces matières et sans disposer d'un loisir que mes occupations ne me laissent jamais, j'ai dû néanmoins accepter la tâche de rédiger le compte-rendu de cette agréable journée, qui m'a été imposée d'office par mes collègues, tous d'humeur franche et de décision sans appel.
M. Gavoy, dans le cours de la séance du 19 avril 1891, vous a fait espérer que le sujet serait traité avec compétence ; nous savons tous qu'il ne peut en être ainsi et qu'il en serait autrement si le travail avait été mis dans ses mains. Mais M. Gavoy paye déjà beaucoup de sa personne ; il a voulu m'encourager, je l'en remercie. Je prierai donc mes collègues de vouloir bien se souvenir jusqu'à la fin que nous appartenons à une Société naissante, dont les membres, n'ont d'autre prétention que de s'initier mutuellement à l'étude des sciences et non point de les professer.


CHATEAU DE COUIZA

Excursion à Couiza et environs
Et d'abord, le Château de Couiza.
Couiza est un charmant chef-lieu de canton de 900 habitants, situé le long du fleuve de l'Aude, au confluent de la rivière de Salz et sur la ligne du chemin de fer de Carcassonne à Quillan.
En sortant de ce bourg, faisant digression à notre itinéraire, nous sommes entrés dans le jardin de M. Fédié, de Carcassonne, notre éminent archéologue, membre de la Société des Arts et Sciences. Son régisseur nous y a montré divers ouvrages en terre cuite recueillis dans les ruines de l'évêché d'Alet ; ce sont des corbeilles de fruits, des urnes funéraires, des sirènes armoriées, etc. Tous ces objets, exposés aux intempéries, se couvrent de mousse, mais sont encore en assez bon état : ils mériteraient d'être placés dans un lieu couvert pour être conservés en souvenir d'un passé glorieux et quasi local.
Nous avons visité ensuite le château de Couiza. Il est situé à 100 mètres du village, le long de l'Aude, à l'entrée d'une gorge étroite formée par une colline transversale qui porte, sur ce point, le nom de Roc de France ; ce nom a été donné, au XIIème siècle, à l'éminence calcaire qui enserre le fleuve, par les populations situées en amont, pendant qu'elles dépendaient du royaume d'Aragon auquel elle servait de limite. De l'autre côté du fleuve, sur la rive gauche, le Roc de France livre passage à la ligne du chemin de fer par une tranchée de 20 mètres de profondeur.
Le château de Couiza est le premier des nombreux châteaux-forts répandus dans les Hautes Corbières; il comprend le vieux château et le nouveau château, que nous appellerons le Donjon à cause de sa forme, séparés par une distance de 70 mètres environ.
Le vieux château est un vaste rectangle contigu au moulin de 80 mètres de longueur sur 17 mètres de largeur à un bout et n mètres au bout opposé. Sa construction remonte à plusieurs époques, qui répondent à chacune des trois parties dont il se compose. Nous entrerons ici dans quelques détails utiles pour l'intelligence des lieux.
La première partie, du côté du levant, de 30 mètres de longueur sur n mètres de largeur, est la plus ancienne: elle remonte à l'époque où les Wisigoths, chassés du reste de la Gaule, s'attachaient obstinément à notre sol et s'y fortifiaient ; elle est adossée à la montagne qui forme terre-plein au nord et au levant, et se compose de deux séries de voûtes en plein cintre, sans piédroits, superposées et éclairées seulement d'un côté par des lucarnes munies de grilles : on y pénétrait par une porte unique du côté sud. Les murs, aux naissances, ont 1m80 d'épaisseur et sont bâties en gros moellon d'appareil : les voûtes intérieures sont en maçonnerie ordinaire. Cette sorte de casemate, c'est ainsi que nous la désignerons, était entourée en contrebas, d'un fossé rempli d'eau.
Au levant de celte construction, existe un souterrain circulaire et voûté dont l'origine paraît remonter à la même époque : il a 4m de diamètre et 5mde hauteur sous clef et porte le nom de glacière. Nous avons pénétré l'un après l'autre jusqu'à cet ouvrage, en suivant une étroite galerie maçonnée et voûtée, de 10m de long, qui avance horizontalement dans la montagne, tourne à gauche à angle droit vers le milieu du parcours et débouche dans la glacière au niveau des naissances.
Le lendemain, je suis descendu moi-même, à l'aide d'une échelle au fond de la glacière, et j'ai pu constater que cette fosse a servi de silo ou de cachette pendant les premiers siècles de sa construction : on ne saurait, différemment, justifier les besoins d'une galerie d'accès de 10 mètres et de trois portes en bois qui en défendaient le passage.
Plus lard, peut-être vers le XVIème siècle, où le genre de vie des Seigneurs devenait plus varié et où le château de Couiza était plus régulièrement habité, celte fosse fût convertie en glacière. A cet effet, pour raison de propreté, on a abaissé le sol, en nature de marne, de 3o centimètres, établi un radier maçonné sur un plancher en bois soutenu par des socles en brique, et revêtu tous les parements d'un enduit de mortier à la chaux. On a maçonné également la porte d’entrée, en sorte qu'il ne restait plus pour issue que l'orifice qui est à la clef de voûte. Le radier est actuellement démoli et l'on voit encore au-dessous de son niveau, à travers la culée de marne mise à nu, un gros tuyau de plomb qui servait pour la décharge de la glace fondue. Le ciment n'entre pour rien dans cette appropriation ; nous ne sommes donc pas en présence d'une citerne, dont l'étanchéité est la première des conditions.
La deuxième partie du vieux château est au couchant, près du moulin ; elle mesure aussi 3o mètres de longueur sur 17 mètres de largeur et fut construite après la bataille de la Salz, en 1211, par Pierre de Voisins, général de l'année victorieuse de Simon de Montfort. Pour obtenir cet emplacement, Pierre de Voisins déplaça la route d’Espagne, qui franchissait, sur un arceau, le fossé destiné à conduire l'eau du fleuve devant la casemate.
Cet arceau maçonné en plein cintre; de 3m de débouché, est resté jusqu'à ce jour comme objet de curiosité et comme non valeur dans les caves. Le tracé de la route fut porté un peu plus loin, dans l'intervalle de 20 mètres laissé libre entre la nouvelle construction et la casemate, et fut maintenu toujours dans la direction de la place publique du bourg. Le prolongement de cette voie, appelée de nos jours rue des Quatre Coins, conduisait directement à la Cité de Rhedae, chef-lieu de la contrée. Si la rue des Quatre Coins est aujourd'hui la rue la plus étroite de Couiza, elle n'en a pas moins été la principale pendant plusieurs siècles, jusqu'à la construction du pont de Salz vers le milieu du XVIème siècle.
Pierre de Voisins construisit sa demeure avec luxe et solidité. Les murs ont un mètre d'épaisseur, ils sont maçonnés avec des moellons de gros appareil, qui portent encore chacun, à l'extérieur, les lettres en refouillement A. G. IR: c'étaient, sans doute, des lettres conventionnelles de chantier. La porte rectangulaire et les fenêtres étaient en pierre de taille richement moulurées. Les fenêtres offrent une particularité à noter par les architectes : à l'intérieur, les encadrements sont rectangulaires, tandis qu'au dehors, par suite d'un large évasement donné au chanfrein extérieur du linteau, elles sont gracieusement surbaissées.
Ce château fut la propriété de la famille de Voisins qui avait néanmoins établi sa résidence préférée à Arques, jusqu’au mariage de Françoise de Voisins, dernière descendante de la famille de ce nom, avec Jean de Joyeuse, en 1518. Il fut détruit par l'armée des Calvinistes, en 1576, quand la famille de Joyeuse fut faite prisonnière, le même hiver où les fanatiques rasèrent les merveilles architecturales de la cité d'Alet. Les murs furent abattus jusqu'au dessous du premier étage ; on ne voit plus aujourd’hui que la riche porte d'entrée et, à ses côtés, quatre fenêtres du rez-de-chaussée. En fouillant au devant du bâtiment, on met à jour de grands pans de bâtisse : ce sont les murs de face tombés pêle-mêle, en 1576, dans les fossés de défense, aujourd'hui comblés.
Le Vicomte Guillaume de Joyeuse, qui habitait déjà le Donjon dont il va être parlé ci-après, fit relever le château de sa mère : mais il n'en reste pas de trace, à moins qu'on ne doive lui attribuer l'exhaussement de l'édifice en deux étages et son aménagement en deux vastes pièces uniques, éclairées par une multitude de fenêtres avec cadres en pierre de style moderne, dont l'affectation semble se rattacher au cantonnement d'une garnison militaire.
La troisième partie du château, toute moderne, occupe l’intervalle de 20 mètres laissé libre par Pierre de Voisins.
C'est au moment de cette construction que fut exhaussée la casemate : la double rangée de fenêtres avec cadres, en bois annonce, par son uniformité, l'aménagement d'une usine. Cette dernière transformation ne saurait donc remonter qu'à l'époque où l'État, après la Révolution, revendit cet immeuble. .
Ces trois constructions, qui aujourd'hui semblent n'en faire qu’une, ont été converties depuis plus de 20 ans en usine à chapeaux (c'est l'industrie du pays), par M. Guinot qui, mécanicien et fabricant tout à la fois, occupe un nombreux personnel et expédie dans le monde entier des milliers de chapeaux en feutre. faits à la mode, de Paris. ..
Nous avons visité ensuite le Donjon, bâti aussi le long du fleuve et relié au moulin par un solide bâtardeau : je ne m'étendrai pas sur sa description, le cadre de mon sujet ne me le permettant pas.
La construction du Donjon fut commencée en 1540 par le vicomte Jean de Joyeuse qui, outre ses biens personnels, possédait encore par sa femme, Françoise de Voisins, les seigneuries de Couiza, d'Arques, de Coufoulens, de Puivert et de la Tour de France. C'est en présence des troubles toujours croissants suscités par les sectes religieuses que le besoin d'une forte demeure s'était fait sentir. L'emplacement choisi, trop rapproché de la route qui conduisait en Espagne, nécessita un nouveau déplacement de celle-ci; qui fut tracée en dehors du parc et dirigée sur un autre point de la rivière de la Salz, où fut construit un pont en dos d’âne composé de deux arches donnant accès au chemin de Rhedae par la rue du cimetière.
Le Donjon, terminé en 1560, est un vaste quadrilatère irrégulier ayant en moyenne 40 mètres de long sur 30 mètres de large , dont les angles forment quatre tours destinées à sa défense.
Ci-joint, le plan du rez-de-chaussée et celui de l'étage, que j'ai relevés pour la clarté de mon exposé.
On pénètre dans l'intérieur de l'édifice, au levant par une porte d'honneur monumentale: puis, au sud, par une porte charretière ; au couchant et ou nord, il existe deux petites poternes fermées en dehors et en dedans. Au centre du Donjon, se trouve la cour : au levant et au nord, deux portiques ou préaux formés par des arceaux en plein cintre qui supportent l'étage : au couchant les cuisines et les fours: au sud, la chapelle. Toutes ces dépendances sont en voûte et éclairées par des lucarnes munies de grilles.
Dans les souterrains, également voûtés, sont les buanderies, caves et magasins à moitié comblés par le limon provenant des crues de la rivière.
Deux escaliers circulaires conduisent aux étages : la hauteur des planchers, construits à la française, est de 4m70. Au premier étage et du côté du levant, la salle de réception de 18 mètres de long sur 4 mètres de large avec son plafond plâtré, aboutit, aux extrémités à deux vérandas donnant sur la cour; sur les autres côtés, les chambres et autres pièces, avec leurs cheminées monumentales de l'époque. Toutes ces pièces sont éclairées par des fenêtres Louis XIII aux encadrements richement moulurés, garanties par des grilles.
Depuis environ cent ans, l'aménagement primitif du château a été transformé et dénaturé suivant les usages auxquels on l'a affecté ; mais, avec un peu de soin. J’ai pu faire abstraction des ouvrages modernes et rétablir les lieux tels qu'ils avaient été conçus par l'architecte et tels qu'ils pourraient être obtenus encore par une simple démolition de ces ouvrages.
Au second étage, même aménagement.
Les quatre tours, quoique servant à l’habitation étaient destinées à la défense du bâtiment. Les murs ont 2 mètres 'épaisseur : au rez-de-chaussée et à tous les étages, ils sont percés de meurtrières dirigées sur les quatre portes et sur les fenêtres en rasant les courtines ; la porte sud et la porte nord sont, en outre, défendues par des mâchicoulis établis au deuxième étage.
Les oubliettes sont voûtées dans le sous-sol de la tour nord-ouest, avec l'orifice à la clef de voûte.
Une pareille voûte existe dans le sous-sol de la tour nord-est, caveau du gardien, qui s'y rendait par une trappe établie dans sa loge ; c'est de là que part le souterrain, aujourd'hui comblé de limon, qui conduit dans la casemate du vieux château.
Du côté de la cour, les décors d'architecture sont plus nombreux qu'à l'extérieur ; les encadrements moulurés des fenêtres sont surmontés de fines arabesques et la façade qui regarde le couchant offre un tableau saisissant. Au rez-de-chaussée, au premier et au deuxième étage, sur toute l’étendue, l'auteur du projet a représenté les trois ordres d'architecture toscan, ionique et corinthien superposés : soubassements, colonnes, entablements, rinceaux, grecques, cartouches, médaillons, etc.. Rien n'y manque; c'est tout un cours d'architecture sur les ordres d'Italie et de Grèce.
Mr Chartier, notre vice-président, toujours à l'affût d'une bonne aubaine, a braqué sur ces ouvrages son appareil photographique qui, en excursion, ne quitte jamais ses robustes épaules, et la Société possédera dans ses archives une relique de plus.
Tous les murs sont construits, au dedans comme au dehors, en gros moellon d'appareil et mesurent un mètre d'épaisseur ; ils étaient entourés par un vaste fossé rempli d'eau.
Les dispositions adoptées pour défendre cette riche demeure féodale feraient croire que celle-ci était imprenable : il n'en fut rien. Dès 1576, quatorze ans après la construction, les Calvinistes, venus en grand nombre, rasaient l'ancien château de Pierre de Voisins et s'emparaient du Donjon. Faisant prisonniers la vicomtesse et ses jeunes enfants ; le vicomte, son fils aîné, âgé de seize ans et douze de ses officiers s'étaient enfuis par le souterrain. Après avoir couru un grand danger d'être pris, dit Dom Vaissette. Ils arrivèrent à Carcassonne, où le vicomte dut se procurer une forte rançon pour obtenir la liberté de sa famille.
Le château de Couiza est surtout célèbre pour avoir vu naître la vaillante et malheureuse famille du vicomte Guilhaume de Joyeuse, composée de sept garçons. L'un mourut dès son jeune âge ; François devint évêque d'Alet, archevêque de Narbonne et cardinal de Toulouse ; Anne, à l'âge de 27 ans, commandait l'armée royale à la bataille de Coutras et périt dans les rangs avec son frère Claude, âgé de 17 ans, vaincu par le roi de Navarre, qui devint Henri IV ; Scipion fut proclamé chef de la ligue contre les armées de Henri IV. Celui-ci périt à son tour après la défaite de Villemur, noyé au passage du Tarn grossi par un orage, dans les bras impuissants de son frère Georges, venu à son secours et noyé comme lui, victime de son courageux et affectueux dévouement. Il ne restait plus que Henri, lequel devenu veuf, était entré au couvent. Sur les instances de la noblesse du Languedoc. Henri reprit les armes et se mit à la tête des Ligueurs.
Mais tant de guerres avaient épuisé le pays ; la disette et les maladies rendirent la lutte impossible. Après deux années de revers, on traita avec le roi.
Henri, comte de Bouchage, Pair, Maréchal de France, Chevalier du Saint-Esprit, duc de Joyeuse, Baron d'Arques et Couiza, Gouverneur général du Languedoc, renonça une deuxième fois au monde et revint au couvent. Sa fille Marguerite, unique héritière d'un grand nom et d'une immense fortune, fut exilée par Richelieu en Italie avec le duc de Guise, son second époux. Elle revint en France après la mort de son mari et de ses enfants. Cette noble et vaillante famille ne s'est pas éteinte comme l'a si bien dit M. Fédié , dont nous aimons à relire souvent les écrits; « elle est tombée sous les coups d'une destinée implacable ».
En 1646, la baronnie d'Arques et Couiza fut vendue au marquis Claude de Rébé, neveu de l'archevêque de Narbonne, marié à Jeanne d'Albret, parente d’Henri IV. Elle resta entre ses mains ou celles de ses descendants durant un siècle. Les marquis de Rébé ont fait de grands travaux : ils ont reconstruit l'église de Couiza, le pont de Salz et le pont d’Aude, élargi la route et construit le batardeau, grand éperon en pierre de taille qui protège le bourg contre les empiétements du fleuve.
En 1740, la marquise Marie Josephe de Rébé , veuve du marquis du Bourg, restée sans enfants, vendit son marquisat à Castanier d'Auriac, dont la fille unique, mariée au marquis de Poulpry, lieutenant général du roi, le conserva jusqu'à la Révolution. .
Ce n'est point sans un sentiment de respect et d'admiration pour un passé rempli de grandes vicissitudes et de magnanimes actes de patriotisme que nous saluons, en repassant le seuil, ce grand monument qui a servi, à la fois, de demeure et de refuge à nos aïeux.

CHATEAU DE COUSTAUSSA

Excursion à Couiza et environs
Nous partons pour Coustaussa en suivant l'ancien chemin dit du Pech.
Coustaussa est un petit village de 200 habitants situé à 3 kilomètres de Couiza, sur le bord d'un plateau élevé qui domine la vallée de la Salz. L'origine de ce village remonte au VIIIème siècle. J'ai ouï dire que le nom de Coustaussa pourrait bien avoir des rapports avec le mol Custode et signifier gardien de la vallée. .Le château ne fut construit que dans le XIIème siècle, avant les guerres du Moyen Age.
Raymond Trencavel, fils de Roger. vicomte de Béziers et comte du pays de Rhedae, fit abandon à Pierre de Vilar, son viguier de Rhedae, du village de Coustaussa à condition qu'il y bâtirait un château devant contribuer à la défense de la contrée. Pierre de Vilar réalisa sa promesse en 1157, il établit son château-fort sur un grand rocher à côté du village: le bâtiment avait 45 mètres de long, 17 mètres de large et 15 mètres de haut; les murs, 1m20 d’épaisseur, étaient revêtus extérieurement de gros moellons d'appareil. Le château était entouré par un grand rempart rectangulaire de 100 mètres de long, sur 40 mètres de large, 10 mètres de haut et 1 mètre d'épaisseur. Au-delà du rempart, il existait encore d'autres murs de défense, surtout du coté de la vallée, où on les voit encore échelonnés sur le flanc du coteau.
La porte d'entrée du château était au sud, sur le milieu de la façade, à 6 mètres au-dessus du niveau du sol : elle était précédée par un porche carré qui formait avant-corps; ayant 6 mètres de chaque côté où l'on accédait au moyen d'une rampe maçonnée formée par une série de 40 marches en pierre de taille. Au sommet de la rampe, se trouvait un grand arceau destiné à fermer l'entrée du porche: c'était, disent les anciens, à l'aide d'un masso-cap, masse-tête, ou porte blindée suspendue par des chaînes et qu'on laissait tomber sur la tête des assiégeants. Au-delà de cet arceau, était le pont-levis, qui occupait toute la surface du porche ; quand le pont était levé et dressé du côté gauche contre la véritable porte du château. Il laissait à découvert un grand vide béant sous les pieds, véritable puits sec, de 15 mètres de profondeur, qui occupait aussi toute la surface du porche. Un mâchicoulis, à l'étage supérieur, permettait en outre de verser sur la tète des assaillants de l'huile bouillante et autres matières fondues. En cas de siège, il était donc absolument impossible à l’ennemi de pénétrer, dans le château en passant par la porte.
Le porche servait, en outre de point de vue par le moyen d'un troisième arceau faisant face à la vallée. C'est de ce point de vue que le seigneur de Coustaussa, au moyen d'un porte-voix, correspondait avec celui du château de Rhedae, que l'on voit en face, de l'autre côté de la vallée, à une distance de 4 kilomètres.
Avant d'arriver à la rampe du porche, il y avait trois portes à franchir : celle de la rue, au levant, celle du couchant, à côté de la loge du gardien et celle du rempart.
Le château de Coustaussa pouvait donc passer sans contredit pour un des mieux fortifiés d'alentour et, dès 1172, quatre gentilshommes de la contrée faisaient serment à Limoux, sur les saints Évangiles, de venir, dans le danger, prêter leur aide à Pierre de Vilar pour en assurer la défense.
Pierre, de Vilar avait déjà pris part à la défense de la cité de Rhedae en 1170, attaquée par le terrible roi d'Aragon, Alphonse II, qui s'en empara et la fit raser. Plus tard, en 1210, il prit encore part à la bataille qui fut livrée dans la vallée, sur les bords de la Salz, contre les armées de Simon de Montfort ; les croisés restés victorieux montèrent à Coustaussa et prirent d'assaut le château, défendu seulement par les débris de l'armée vaincue. Quelques mois s'étaient à peine écoulés, lorsqu'un second siège fut ordonné pour avoir raison de la résistance des habitants révoltés, qui s étaient enfermés dans les enceintes du château. Mais l'ennemi, encore vainqueur, fut cette fois sans merci ; la garnison fut massacrée et les habitants chassés du village ; la tradition ajoute que leurs maisons furent livrées au pillage, leurs effets transportés dans l'une des cours du château et incendiés, et que c'est à ce foyer que l'on doit attribuer l'état de calcination des moellons du rempart, que l'on observe à côté de la chapelle.
Le fief de Coustaussa , après les guerres , fut concédé par le roi de France à Montesquieu, Seigneur de Roquefort-de-Sault. Les anciens racontent que les juges de Limoux se rendaient périodiquement dans la grande salle du château de Coustaussa, pour y tenir audience et y juger les affaires du pays de Sault.
Peu à peu le château de Coustaussa, faute de réparations, est devenu inhabitable. En 1819, afin de se soustraire aux nombreuses charges d'impôt et d'entretien de son immeuble. M. Azaïs, d'Arques , fit opérer la démolition de toutes les charpentes. II s'en servit en 1810, pour réparer la chaussée de son moulin, emportée par l'inondation et il en resta encore des Quantités qui furent vendues aux paysans d'alentour.
De ce bâtiment, il ne reste donc plus aujourd'hui que quelques grands murs qui s'écroulent et des ruines qui m'ont servi, avec l'aide des renseignements fournis par les anciens du village, à le reconstituer.
Le sieur Fraisse. de Coustaussa , qui possède une partie de ces lieux en ruine, a recueilli, dans les décombres, une pierre armoriée de 30 centimètres en carré dont il m'a fait don : l'écu porte 4 chevrons renversés et concentriques. On s'est souvenu que ces armoiries étaient placées à l'extérieur du porche, au-dessus de la porte d'entrée.
Depuis un temps immémorial, on possède à la mairie sept lances à douille en fer, de 0m60 de longueur, inventoriées, qui sans doute faisaient partie autrefois des armures du château.
Enfin. on y conserve encore un vieux parchemin écrit en latin qui paraît être du XIIème siècle; il mesure 0m65 de largeur et 1m70 de hauteur ; je l'ai communiqué à M. l'archiviste du département par l'intermédiaire de notre collègue M. Alieu, archiviste-adjoint, lequel voudra bien, je l'espère, nous en donner le sens quand le texte aura été déchiffré.

Source:

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES DE L’AUDE,Pages 03-15, 1892 ,TOME III,Carcassonne




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