En dépit d'une atmosphère totalement inadaptée à l'homme, Mars recèle notamment de grandes quantités d'eau sous forme de glace qui pourraient être mises à profit par d'éventuels colons. Un aller-retour prendrait environ un an et demi, contre une semaine pour la Lune, éloignée de seulement 380 000 km. La distance Terre - Mars varie de 55 millions à plus de 400 millions de km, en fonction de leurs orbites respectives autour du Soleil.
« A quoi bon surmonter toutes les difficultés d'envoyer quelques personnes là-bas en leur assurant une sécurité appropriée si c'est pour les faire rentrer au bout d'un an, un an et demi ? », argue M. Aldrin, âgé de 78 ans. Ceux qui iront « doivent savoir qu'ils sont des colons pionniers et ne doivent pas espérer rentrer chez eux ». Faut-il qu'ils soient prêts à y rester pour le restant de leurs jours ?
« Oui », répond sans hésiter le vétéran de l'espace toujours engagé en faveur de la poursuite des programmes de vols habités.
« A l'âge de 30 ans, on leur donne une opportunité. S'ils acceptent, nous les entraînons, et à 35 ans, nous les envoyons. Lorsqu'ils auront atteint 65 ans, qui sait quelles avancées (scientifiques) auront eu lieu. Alors ils pourront soit prendre leur retraite sur place, ou peut-être pourrons-nous les ramener », se plaît-il à imaginer avec un large sourire et le regard pétillant.
« Je pense qu'on ne manquera pas de volontaires ». Aurait-il lui-même participé à une mission longue, si cela avait été possible à son époque ? « Probablement pas, car je ne suis pas la personne la plus apte à cohabiter avec un groupe de cinq à six personnes, qui grossira ensuite à 12, puis 20, puis 30 ».
Des vols habités vers Mars se justifient à ses yeux par l'éloignement de la planète rouge qui limite le contrôle à distance d'équipements robotisés, comme c'est dans une large mesure possible sur la Lune. « Le décalage dans le temps pour communiquer avec des robots sur Mars fait qu'il n'y aurait pas de contrôle direct », explique-t-il.
Dans la perspective de l'établissement d'une station permanente sur la Lune vers 2020, première étape vers une exploration martienne, « Buzz » Aldrin déplore que les Etats-Unis n'aient pas prévu de solution de remplacement avant au mieux 2014 pour les navettes spatiales qui desservent la Station Spatiale Internationale (ISS). « Il est regrettable que nous ayons laissé créer une situation » dans laquelle nous serons dépendants des Russes, déplore l'astronaute pour qui la navette « n'a pas été à la hauteur des attentes, ni d'ailleurs l'ISS qui n'est pas parvenue à convaincre le grand public ».
Il y a selon lui « un certain désenchantement par rapport au rythme des activités » à bord de l'ISS.
« Si c'est juste pour avoir un laboratoire dans l'espace, c'est très cher. Une grande partie (des expériences) peut être réalisée par des robots ».