Bleiz l'Initiateur


Dimanche 30 Décembre 2007
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Bleiz, ce mot est assimilé depuis la fin du VIe siècle à saint Blaise, non pas le Blaise arménien, mais à celui qui fut un prêtre-druide irlandais. L'Irlande fut la matrice d'un christianisme fortement imprégné de la pensée celtique. Cette symbiose où les concepts traditionnels celtes étaient plus importants que l'apport exotérique chrétien connut rapidement un grand succès sur le continent et fut vite réprimée par le catholicisme romain.


Bleiz l'Initiateur
Pour comprendre ce succès il convient de rappeler qu'il fut nécessaire à l'évêque de Lyon d'apprendre le Celte en 600 apr. J.-C. pour se faire comprendre de ses ouailles, qu'à la même époque l'évêque de Tolède se plaignait amèrement qu'après la messe les fidèles allaient effectuer des rites païens… il n'était pas rare que la population des campagnes appelle la protection conjuguée de jésus, de Zeus et de Cernunos sur leur récolte et cela jusqu'en l'an 1OOO (Languedoc). Le paysage religieux du premier millénaire voyait la religion chrétienne victorieuse dans les cités et en concurrence dans les campagnes (paganus, païens signifiant paysans) avec les anciennes religions, situation qui s'inversera suite à « l'ardent » travail de l'inquisition à partir du XIIIe siècle.

Blaise serait donc un druide-chrétien, mais l'origine de Bleiz est ancré dans les plus lointaines croyances préceltiques, notamment celles ayant trait à «l'homme sauvage » vivant dans la forêt (assimilé plus tard à l'ermite) parlant aux animaux, aux arbres, aux minéraux et pouvant changer de forme comme les maîtres des animaux Kernunnos, dagda et gargan.

La tradition celtique bretonne elle, en fait un des derniers druides qui était particulièrement aimé par le Dieu Gargan (Ogmios, Dagda), un héros comparable à l'Hercule romain et dont le nom signifie « géant » en langue celtique. Protégé par son père, le Dieu Belen, (correspondant à Apollon chez les Ro-mains), Ce druide est l'instructeur de Merlin l'Enchanteur, futur guide spirituel du roi Arthur.
Vivant en ermite dans la forêt, en bonne intelligence avec tous les animaux, qu'il soignait, entouré de loups (le loup étant précisément un des animaux attributs du Dieu Belen), ce druide dont le nom Bleiz, signifie en langue celtique « le loup » (ce dernier symbolisant la lumière intérieure, spirituelle, à laquelle on ne peut accéder qu'après avoir franchi les ténèbres de la matière et du psychisme) était de ce fait considéré et surnommé « l'homme-loup ».

Évoquer bleiz c'est aussi revenir sur le roi Arthur, élève de Merlin, et sur sa quête de la connaissance, du « Graal » mythe lié chez les Celtes au culte de la tête coupée. il s'agissait, en général, de la tête d'un important personnage décédé, qu'on coupait afin que cette relique permette de rester en contact avec son esprit pour continuer à profiter de ses lumières ( voir mythe du Bran irlandais). Cette tête (parfois enterrée) symbolisant le savoir sacré, occulté aux profanes, symbolisme repris ensuite par les moines situés dans la lignée celto-chrétienne, tels les Bénédictins (ainsi, Rabelais s'est inspiré du dieu celtique Gargan pour créer son personnage de roman initiatique Gargantua), mas aussi avec les têtes sculptées des cathédrales romanes qui sont à l'évidence des témoignages du savoir et de l'influence celtique de leurs concepteurs. On peut aussi y faire référence en parlant de la tête Baphométique des templiers censée leur prodiguer conseils et protection...
Dans les versions anciennes et celtiques du Graal, Bleiz est un loup gris qui accompagne myrdynn dans la forêt pour lui enseigner le pouvoir de la magie végétale. Cet isolement dans la forêt au sein d'une clairière est lié à la parole, à l'expression orale du savoir et représente le mode d'enseignement des druides faisant de Bleiz un initiateur.
Les versions christianisées, mais bénédictines le placent comme un ermite nommé Blaise portant « une tunique de loup » allusion à ses facultés lycanthropiques ( comme les ulfhednar Scandinaves mot qui désigne des guerriers sacrés portant « chemise de loup » garde d'élite d'Odin qui est aussi un dieu initiateur) dans cette version il n'est que celui qui se contente « de retranscrire les faits rapportés par merlin et Taliesin le barde ». On peut y voir le symbole de la transmission de connaissance orale vers l'écriture (idée qui n'est pas celtique, car l'écriture par sa pérennité était considérée comme dangereuse, une malédiction écrite durant plus qu'une orale, cet interdit fut vite interprété comme l'absence de toute écriture, dévalorisant ainsi la culture celte mais aujourd'hui la vision du monde celte a très nettement évolué)

Dans la version cistercienne du mythe du Graal, tout aspect celtique est éradiqué, Blaise y comprit, car bien trop proche du loup-garou pour ne pas être diabolique (comme merlin qu'ils font naître de l'union d'une femme et du diable et le dieu cornu, Kernunnos qui fut diabolisé) pour en faire un mystère uniquement chrétien qui inspirera la mouvance du Sacré-Cœur au XIXème siècle et incidemment le dévoiement du Graal en sang real que d'aucuns pensent désormais être le « sang royal » oubliant ou ignorant tout des origines de la tradition graalienne…

À noter aussi que la tradition celtique nous apprend du druide Bleiz qu'il fut choisi par la Déesse-Mère pour être son amant d'un jour.

Saint Blaise dans la tradition chrétienne est un saint de fantaisie (ce qui signifie que le nom ne figure sur aucun martyrologe, ni romain, ni diocésain, mais dont la dévotion fut peut-être été suggérée par le clergé, désireux de « récupérer » une pratique religieuse difficile à déraciner ; certaines ont été identifiées. Par exemple :
St Bonnet (déformation de Beaunet) : nom du dieu gaulois Bélenos (Apollon) ;
St Sylvain : culte vivace au hameau de Loubresac (Vienne), dieu des Lupercales (c.-à-d. Pan) appelé aussi St Birotin (réminiscence des cultes priapiques), mais on a imaginé pour justifier ses fêtes un St Sylvain, ermite, qui aurait vécu au VIe s. dans le Maine.
st taurin : héritier du dieu cornu Cernunos.
Stes Ouenne, Éanne, ou Êmenane : seraient des héritières de la déesse Épona.
Ste Macrine : martyre authentique, peut-être appelée Morgane, comme la “fée”, déesse celto-germanique.
St Goard et Sf Genard : nom du dieu forgeron Govannon.
st Genou : invoqué en cas de rhumatismes [un St Genou (Génufle), à Cahors, a fourni l'occasion du jeu de mots].
St Faustin (prononcé Foutin) : invoqué contre l'impuissance,
St Cloud : contre les furoncles.
Saint Blaise est fêté le 3 février (et Rabelais fait précisément, dans son roman, naître Gargantua un 3 février). Serait-il exagéré de penser que st Blaise pourrait être une des clefs de la tradition ésotérique (et non occulte) Celtique ? Gageons que les bâtiments religieux chrétiens dédiés à ce saint pourraient avoir des révélations à faire à ceux qui cherchent à retrouver l'antique savoir des druides dans la mesure ou une partie de celui-ci fut assimilée et transmise par le christianisme et son ésotérisme, si décrié par la hiérarchie ecclésiale.


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