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Chroniques Fortéennes

Bilocation (Doppelganger) : Le cas Emilie Sagée.


Vendredi 6 Février 2009
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En 1845 il existait en Livonie, entre Riga et la petite ville de Volmar, un institut pour jeunes filles nobles, le pensionnat de Neuwelcke.


Bilocation (Doppelganger) : Le cas Emilie Sagée.
Le nombre des pensionnaires, presque toutes livoniennes, s'élevait à quarante-deux, et parmi elles se trouvait la seconde fille du baron de Guldenstubbe, âgée de treize ans. Au nombre des maîtresses était une Française, Emilie Sagée, née à Dijon. C'était une blonde avec des yeux bleu clair; elle était élancée et d'une taille un peu au-dessus de la moyenne. D'un caractère aimable et doux, elle était un peu timide et d'un tempérament nerveux. Sa santé était ordinairement bonne, et pendant le temps qu'elle passa à Neu¬welcke, elle n'eut qu'une ou deux indispositions légères. Les directeurs se montrèrent particulièrement satisfaits de son enseignement et de ses aptitudes.
Peu de semaines après son entrée dans la maison, les élèves commencèrent à parler d'elle.
Quand l'une disait l'avoir vue dans telle partie de l'établissement, une autre disait : « Mais non, cela ne se peut : je viens de la croiser dans l'escalier! » On crut d'abord à une méprise. Mais comme le fait ne cessait de se reproduire, les jeunes filles en parlèrent aux autres maîtresses.
Les choses ne tardèrent pas à se compliquer et prirent un caractère qui excluait toute possibilité de fantaisie ou d'erreur.
Un jour qu'Emilie Sagée donnait une leçon à treize de ces jeunes filles, parmi lesquelles Mlle de Guldenstubbe, et que, pour mieux faire comprendre sa démonstration, elle écrivait au tableau noir, les élèves virent tout à coup, à leur grande frayeur, deux demoiselles Sagée. Elles se ressemblaient exactement et faisaient les mêmes gestes. Seulement, la personne véritable avait un morceau de craie à la main, tandis que son double n'en avait pas et se contentait d'imiter les mouvements.
Toutes les jeunes filles, sans exception, avaient vu la seconde forme.
Peu après, une élève, Antoinette de Wrangel, qui voulait se rendre à une fête locale du voisinage, était occupée à terminer sa toilette, et Mlle Sagée, avec sa serviabilité habituelle, l'aidait à agrafer sa robe par-derrière. La jeune fille, s'étant retournée par hasard, aperçut dans la glace deux Emilie Sagée qui s'occupaient d'elle. Elle fut tellement effrayée de cette apparition qu'elle s'évanouit.
Et des phénomènes semblables continuèrent à se produire. Le double de l'institutrice était parfois debout derrière sa chaise, tandis qu'elle mangeait, mais sans couteau ni fourchette. Elèves et domestiques servant à table en ont témoigné également.
Il n'arrivait pas toujours que le double imitât aussitôt les mouvements de la personne véritable. Parfois, quand celle-ci se levait de sa chaise, on voyait son double y rester assis.
Une fois, alors que Mlle Sagée était couchée à cause d'un gros rhume, Mlle de Wrangel, qui lui lisait un livre pour la distraire, la vit se raidir comme si elle allait se trouver mal. Elle répondit d'une voix très faible, comme mourante. Mlle de Wrangel, se retournant quelques instants après, aperçut très distinctement le double de la malade se promenant de long en large dans la chambre. Cette fois, la jeune fille eut assez d'empire sur elle-même pour ne pas faire la moindre observation à la malade, mais descendit raconter ce dont elle avait été témoin.
Un jour, les élèves étaient toutes réunies dans une grande salle du rez-de-chaussée du bâtiment principal, avec quatre portes vitrées qui s'ouvraient directement sur le palier et conduisaient dans un grand jardin. Au milieu de la salle était une grande table autour de laquelle les élèves se livraient à des travaux de couture.
Les pensionnaires étaient toutes assises devant la table, et elles pouvaient très bien voir ce qui se passait dans le jardin. Tout en travaillant, elles voyaient Mlle Sagée occupée à cueillir des fleurs. A l'extrémité supérieure de la table se tenait une autre maîtresse, chargée de la surveillance. A un moment donné, elle s'absenta, et le fauteuil resta vide. Mais, soudain, les jeunes filles y aperçurent la forme de Mlle Sagée. Aussitôt, elles portèrent leur regard dans le jar¬din et la virent toujours occupée à cueillir des fleurs ; seule¬ment, ses mouvements étaient plus lents et plus lourds, pareils à ceux d'une personne épuisée de fatigue.
Dans le fauteuil, le double de Mlle Sagée avait une telle apparence de réalité, qu'elles auraient pu croire que c'était elle-même. Mais certaines savaient qu'elles n'avaient pas affaire à une personne véritable, et quelque peu habituées à ces étranges manifestations, deux des élèves les plus hardies s'approchèrent du fauteuil et, touchant l'apparition, crurent y rencontrer une résistance comparable à celle qu'offrirait un léger tissu de mousseline ou de crêpe. L'une osa même passer au-devant du fauteuil et traverser en réalité une partie de la forme. Puis, celle-ci s'évanouit graduellement. On observa aussitôt que Mlle Sagée avait repris la cueillette de ses fleurs avec sa vivacité habituelle. Les quarante-deux pensionnaires constatèrent le phénomène de la même manière. Quelques-unes d'entre elles demandèrent ensuite à Mlle Sagée si, à cette occasion, elle avait éprouvé quelque chose de particulier; elle avait seulement pensé, à la vue du fauteuil vide: «J'aimerais mieux que l'institutrice ne s'en fût pas allée ; sûrement, ces demoiselles vont commettre quelque espièglerie. »
Hélas! dès qu'il fut bien établi que l'apparition du double de Mlle Sagée n'était pas un simple fait d'imagination, beaucoup d'élèves parties en vacances ne revinrent pas. Au bout de dix-huit mois, il ne restait plus que douze élèves sur quarante-deux. Les directeurs durent sacrifier la jeune institutrice.
En recevant son congé, la jeune personne, désespérée, s'écria : « Hélas ! Déjà la dix-neuvième fois ! C'est dur ! » Elle ajouta que, partout où elle avait passé — et depuis le début de sa carrière d'institutrice, à l'âge de seize ans, elle avait été dans dix-huit maisons avant de venir à Neuwelcke — les mêmes phénomènes s'étaient produits et avaient motivé son renvoi. Comme les directeurs des établissements étaient contents d'elle à tous les autres points de vue, ils lui donnaient chaque fois d'excellents certificats! Elle cherchait alors une nouvelle place dans un endroit aussi éloigné que possible du précédent.
Lasse de ces pérégrinations, elle se réfugia auprès d'une belle-sœur qui avait de jeunes enfants. Une enquête confirma que ces enfants, âgés de trois et quatre ans, disaient qu'ils voyaient deux tantes Emilie.





1.Posté par flippant le 04/03/2009 20:33
c'est trop flippant comme truc en même temps je comprends la réaction des élèves moi je crois que j'ai déjà assez a faire avec un prof de français alors 2 je meurs

2.Posté par Klamp le 21/12/2009 16:14
Mon beau-père pense avoir été touché par un cas de Doppelganger...
C'est vraiment effrayant, et le lire me donne déjà des frissons alors...
Qu'est-ce que ce serait en vrai ?

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